Publié par : quebecsocialiste | 19 janvier 2013

Au Québec, pourquoi les anglophones se sentent-ils autant menacés ?

Récemment, j’ai pris connaissance du scandale entourant l’affaire « Notre Home », une chanson à 90% anglophone, qui se présente en même temps comme étant « bilingue ». C’est une chanson qui a un message creux et qui lance un appel à peine voilé aux Francophones pour que nous arrêtions avec cette « vieille bataille » qu’est la défense de notre langue, de notre culture, et de notre identité contre l’assimilation rampante. Cette chanson est un projet du groupe de pression anti-francophone « Quebec Community Group Network » (QCGN).

Pourquoi est-ce un scandale ? Le fait que le QCGN soit derrière la production de cette chanson ne devrait en soi choquer personne. Le QCGN est une organisation financée par le gouvernement fédéral pour accomplir sa mission de propagande, par la victimisation à outrance des anglophones de Montréal, comme le fait déjà The Gazette. C’est un organisme qui poursuit, à ce niveau, ce que faisait avant la défunte Alliance Québec.

Par contre, le fait que le ministre de la francophonie dans le gouvernement « souverainiste » du Parti Québécois, Jean-François Lisée, ait donné 20 000$ de nos propres impôts pour financer une tournée à travers le Québec de « Notre Home », et pour faire la promotion du message de la QCGN, ça, c’est un problème aux proportions carrément scandaleuses. Cela dépasse de loin le montant en jeu.

En fait, je dirais que cette affaire est à ce point absurde qu’elle n’a même pas besoin d’un article détaillé pour la condamner. Le simple bon sens et le bon goût musical suffisent pour constater que le ministre Lisée s’est royalement tiré dans le pied avec cette histoire.

Par contre, la lecture et le visionnement de quelques commentaires et vidéos anglophones apparaissant sur Youtube et portant encore une fois sur cette affaire ne peuvent faire autrement que de pousser à une certaine réflexion qu’on ne saurait éviter.

Ces légions d’anglophones, jeunes et moins jeunes, qui pensent sincèrement que le gouvernement mou du PQ chercherait à imposer un régime fasciste, visant rien de moins que l’extermination des anglophones, donnent froid dans le dos, tout en faisant bouillir le sang dans mes veines. C’est pourtant ce qu’on peut lire sur Internet. C’est le colonisateur qui se croit lui-même menacé d’extinction. C’est le monde à l’envers. Qu’est-ce qui a bien pu leur rentrer des idées aussi saugrenues dans la tête ?

Le rôle des médias dans la culture de la peur et de la haine

Bien entendu, les médias anglophones jouent un rôle important dans ce phénomène sociologique. Il suffit pour cela de se rappeler l’image que The Gazette, The National Post, The Globe and Mail, ou la totalité des médias de Sun News, peut-être les plus francophobes de tous — ce qui est assez ironique compte tenu du fait que Sun Media est la branche anglophone de Quebecor Media, du milliardaire francophone Pierre-Karl Péladeau —, peuvent faire circuler à propos des Québécois et des Québécoises, pour s’en convaincre.

Sans arrêt, aux yeux de ces médias mercenaires de propagande, les Québécois sont décriés comme des parasites, des paresseux, des voleurs, des corrompus et des buveurs de bière, quand ils n’affirment pas carrément, le plus sérieusement du monde, que les québécois francophones sont « moins bons avec les chiffres et l’économie que le reste du Canada anglophone ». Les francophones ne feraient jamais rien de bien, nous ne serions rien d’autre qu’une « bande de paysans ingrats et nés pour un petit pain ». Des « nègres blancs d’Amérique » comme disait le britannique Lord Durham, dans son rapport royal après les rébellions des Patriotes de 1837-1838, rapport dans lequel il recommandait, « pour le bien de ces sous-hommes », de « les assimiler complètement à la culture supérieure britannique ».

Dans cet océan d’insultes, de calomnies et de procès d’intentions, l’accusation principale formulée contre nous, par les médias anglophones, à savoir notre « tendance à la xénophobie et au fascisme », pourrait faire rire tellement elle est hypocrite, sauf que toute cette situation est beaucoup trop grave et révoltante.

Croyez-moi, je suis au courant qu’il y a des francophones « rednecks » xénophobes au Québec, comme dans la totalité des pays du monde, en passant. La différence, c’est que nos fêlés à nous, ils ne sont jamais sortis de chez eux en robe de chambre avec des fusils d’assaut pour commettre un attentat terroriste et une tentative d’assassinat contre Jean Charest, Justin Trudeau ou Stephen Harper.

Richard Henry Bain, lui, est un authentique redneck anglophone refermé sur lui-même, fort probablement conditionné pendant des années par les médias anglophones, qui répandent depuis des décennies une culture de peur et de haine contre les francophones québécois. Nous avons ici le conditionnement malsain d’un individu mentalement instable sur une longue période de temps. Ne manquait plus qu’un élément déclencheur pour sa colère haineuse et refoulée.

Cet élément déclencheur s’est présenté sous la forme d’une campagne électorale particulièrement négative, durant laquelle les médias anglophones n’ont pas arrêté de prétendre, sans la moindre preuve à l’appui, que le PQ, s’il prenait le pouvoir, allait mettre en place un plan machiavélique et fasciste, qui menacerait l’existence même des québécois non francophones. On connaît la suite ; cela ne prenait ensuite qu’un seul détraqué bien conditionné pour prendre une arme et tirer dans le tas.

Le pire dans ce qui a suivi ce triste événement, qui causa la mort d’un homme, un honnête travailleur du Métropolis, et a aussi failli en faucher un autre, ce sont les réactions hystériques observées et répertoriées sur les médias sociaux, du côté d’une certaine frange de la jeunesse anglophone. Des centaines et des centaines de commentaires incendiaires écrits par des anglophones et allophones racistes, qui étaient désolés « qu’il ait manqué son coup ».

Pendant que nous, Québécois indépendantistes, faisions preuve de retenue en ne mettant pas l’attentat de Bain sur le dos de toute la communauté anglophone (ce qui aurait été profondément irresponsable, en mettant de l’huile sur le feu), certains anglophones affichaient mur à mur leur mépris pour la vie humaine, sous le prétexte scandaleux que « les french frogs et les séparatistes le méritent, avec leurs lois linguistiques fascistes ».

Bien que ces exaltés assoiffés de sang québécois ne soient qu’une minorité, avec une grande gueule, dans leurs communautés, (quel individu saint d’esprit souhaiterait sincèrement une guerre civile ici ?), il est alarmant de constater que pendant que la jeunesse québécoise cherche la paix et la compréhension de l’autre, une certaine proportion de la jeunesse anglophone montréalaise puisse se croire assiégée par une sorte de complot fasciste francophone, exactement comme dans la parodie du 4e Reich de RBO… il y a 20 ans de cela.

Une oppression imaginaire

On peut utiliser le terme « fasciste » pour désigner des régimes et propos autres que ceux de l’Allemagne nazie, qui ne détient de toute manière ni le brevet du terme (on doit cette triste distinction à l’Italie de Mussolini), ni l’exclusivité (on n’a qu’à voir la panoplie de régimes fascistes soutenus à travers le monde par les élites impérialistes des États-Unis, depuis des décennies).

Par contre, la manière avec laquelle les « anglos paranos » utilisent ce terme, en évoquant avec lui des termes comme « l’épuration ethnique » et « l’extermination », ceux-là font clairement référence à l’Allemagne nazie, qu’ils comparent en même temps au Parti Québécois et à ses politiques plutôt molles de conciliation avec l’opposition fédéraliste. Si le ridicule tuait, il ferait des ravages dans le West Island…

Concrètement, le Québec est-il un haut lieu d’intolérance, de xénophobie et de fermeture à l’autre, comme certains voudraient nous le faire croire ? Non, loin de là. Nous accueillons nos nouveaux arrivants à bras ouverts, jusqu’au point, quasiment unique dans le monde, de ne même pas leur demander de parler notre langue nationale pour fonctionner dans notre société. Notre minorité anglophone figure parmi les mieux traitées du monde, avec une part des budgets en santé et en éducation qui dépasse de loin soin poids démographique.

Le « pire » que nous ayons fait, jusqu’ici, c’est de forcer les commerçants qui faisaient l’affichage unilingue anglais, à faire leur affichage dans les deux langues, le français étant obligatoire. Tout ça pour avoir un peu de respect pour notre culture et notre identité nationale. Ce petit train de mesures a rencontré une résistance féroce et acharnée de la part de la minorité anglophone historique, qui a toujours refusé la notion que les folkloriques petits indigènes francophones puissent leur dire quoi faire et cela se poursuit encore avec la décision des Wallmart, Costco et compagnie, de poursuivre le gouvernement par rapport, une fois encore, à la loi 101.

Certains de ces hystériques poussent la sauce jusqu’à prétendre qu’ils prennent ces positions racistes « au nom de l’égalité et du bilinguisme ». C’est comique ça. Elle est où, cette « égalité bilingue » dans le reste du Canada ? Comment se fait-il que les Francophones ontariens, manitobains et acadiens, aient autant de misère à se faire servir en français… jusque dans leurs hôpitaux ?

Une paranoïa hypocrite

Ils disent que les « méchants séparatistes » sont intolérants et xénophobes. Pourtant ce n’est pas nous qui avons monté un ministère de l’immigration cruel et inhumain, et qui a décidé que « des réfugiés politiques mexicains ou tchèques, ça n’existe pas ». Ce sont les Conservateurs fédéraux, les représentants au pouvoir des rednecks de tout le Canada, avec leur vicieux ministre Jason Kenney, qui ont introduit ces idées dégueulasses.

La dernière histoire d’horreur en date est l’expulsion de la famille Reyes Mendez, sauvagement expulsée comme une bande de criminels, alors que le père a déjà été enlevé par les cartels de la drogue au Mexique. Ces cas vont en augmentant, parce que le gouvernement de leur cher Canada bilingue ne reconnaît pas que des réfugiés politiques puissent exister « dans des démocraties libérales ».

Le Mexique est pratiquement en État de guerre civile depuis des années avec ses cartels de drogue, une guerre qui a déjà fait des milliers de morts, sans parler des discriminations étatiques contre les populations autochtones, dont les Mayas.

La République tchèque, de son côté, affiche le pire bilan de toute l’Union Européenne en matière de droits humains, pire encore que les fameux trois États Baltes (Lituanie, Lettonie et Estonie) et leur glorification des soldats SS nazis issus de leur territoire.

La République tchèque traite sa minorité, les Roms, pire encore qu’en citoyens de seconde zone. Il y a eu des cas prouvés et documentés où des médecins tchèques ont pratiqué des avortements forcés contre des femmes roms « pour limiter leur population », sans que ces monstres, réellement nazis ceux-là, ne soient inquiétés par les autorités tchèques. Les enfants roms sont systématiquement placés dans les classes pour handicapés mentaux, dans les écoles, et placés dans des cages, comme des animaux. Beaucoup de Roms se font régulièrement tabasser, parfois jusqu’à la mort, par les groupes de skinheads néo-nazis tchèques, des actions haineuses et violentes dont la police tchèque n’a rien à cirer.

Ça, c’est du fascisme, du vrai, chers anglos qui criez au loup. Mais où étiez-vous donc, vous qui parlez d’un Québec fasciste, quand était le temps de condamner ça ? Où étiez-vous, quand il était temps de protester contre les mesures cruelles et discriminatoires du gouvernement fédéral conservateur contre les personnes cherchant l’asile politique sur notre sol ? Vous considérez vraiment le gouvernement du PQ, de Pauline Marois, comme « fasciste », mais vous ne condamnez pas ça ? De l’hypocrisie à l’état pur, voilà à quoi ça ressemble, votre crainte irrationnelle des francophones qui se tiennent debout pour défendre ce qui reste de leur culture, et que de fiers représentants de cette même « minorité anglophone » (majoritaire dans le reste du Canada) ont essayé d’éradiquer pendant plus de 200 ans.

Au fond, si cette minorité anglophone est à ce point terrorisée par l’idée que les Québécois francophones puissent devenir indépendants et contrôler leur propre destin politique, c’est peut-être parce qu’au fond, ils savent bien ce qu’ils nous ont fait endurer. En conséquence, ils ont peur que nous nous vengions. Après tout, la culture anglo-saxonne en Amérique du Nord, dominée par les États-Unis, est obsédée par la vengeance. Sauf que voilà, nous, Québécois, ne partageons pas cette culture là. Nous n’avons aucune intention de nous venger de vous, de vous exterminer ou de vous interner dans des camps et des réserves comme vous l’avez fait avec les Autochtones. C’est un fait.

Ceci étant clarifié, j’aurais un message pour ces mêmes gens qui semblent embarquer malgré tout dans ce genre de discours complètement déconnecté de la réalité. Regardez un peu autour de vous et sortez de votre tour d’ivoire. Renseignez-vous un peu plus avant de juger les autres. Vous êtes invités à venir travailler avec nous, pour l’édification d’un nouvel État, la République du Québec. Cela serait pas mal plus utile et constructif.

Si vous ne voulez rien savoir de ça, vous aurez toujours l’opportunité de continuer à appuyer le Parti Libéral ultra corrompu. Pas sûr que cela soit vraiment constructif et que cela vous mène bien loin. Vous aurez alors l’air, plus que jamais, d’être une bande d’adorateurs de la mafia.

Évidemment, si votre problème est que vous nous détestez à ce point, en tant que peuple, que vous refusez l’idée même que nous puissions avoir droit à notre propre pays indépendant du joug de votre chère reine d’Angleterre et de sa dynastie tâchée de sang, alors dites vous qu’il vous restera toujours l’option de… foutre le camp pour pouvoir ensuite réclamer votre statut de réfugiés politiques dans le reste de cet énorme pays nommé Canada.

Soyez assurés que les politiciens à Ottawa ne rechigneront pas à vous accorder justement ce statut de réfugiés canadiens, contrairement aux vrais réfugiés en provenance de partout dans le monde qui, eux, sont par contre refusés comme des lépreux, à la porte de votre pays pourtant si bilingue et si tolérant…

Gabriel Proulx,

Saint-Eustache, capitale nationale des Patriotes

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Responses

  1. Excellente analyse d’une honteuse situation.


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