Publié par : quebecsocialiste | 27 octobre 2012

Prendre le temps de voir ce qui peut nous unir …

Par André Parizeau,
Chef du PCQ

L’assemblée, tenue samedi dernier, 20 octobre, au centre ville de Montréal, par les organisateurs des États-Généraux de la souveraineté, fut l’occasion de faire ressortir certains faits assez importants pour l’avenir des choses au Québec.  Il y eut aussi des moments très intéressants, comme le fait de voir Pierre Dubuc, du groupe SPQ Libre, aller au micro réenchérir sur ce que le député de Québec solidaire, Amir Khadir, venait juste d’affirmer, et souligner comment il était aussi d’accord avec Amir Khadir.

J’aimerais à ce sujet apporter mon propre grain de sel et aussi revenir sur ma propre intervention, lors de cette même assemblée.  Pour moi, cela renforce d’abord et avant tout l’idée de plus en plus répandue, à savoir le fait qu’une alliance entre les différents partis souverainistes non seulement s’impose, mais que cela devient aussi et de plus en plus un incontournable.  Cela nous donne aussi un peu plus de pistes de réflexion par rapport à la manière dont tout cela pourrait finir par déboucher.

Officiellement, la rencontre devait porter uniquement sur les blocages actuels, du côté fédéral, allant dans le sens de la nécessité de l’indépendance pour le Québec.  Une des interventions les plus percutantes qui eurent lieu à ce sujet, fut sans nulle doute celle du nouveau ministre de l’Environnement, Daniel Breton, dans le gouvernement de Pauline Marois.  Sauf que le débat tourna assez rapidemment sur les manières dont on pourrait relancer ce combat pour l’indépendance et, notamment, aller au delà des difficultés posées par l’actuelle division entre les différents partis souverainistes.  Bon nombre des intervenants ne voulaient pas attendre jusqu’au déclenchement de la phase No 2 de la tournée pré-États-Généraux, prévue en 2013, pour parler de tout cela, ce qui démontre bien l’importance de cette préoccupation chez un nombre grandissant de militants et de militantes souverainistes.

Un des moments importants de cette rencontre se produisit lorsqu’un des commissaires présents, Renaud Lapierre, rappela à l’audience le fait que les positions des différents partis ne sont pas forcément si éloignés que cela, en rappelant le fait que le PQ s’est déjà prononcé, il y a plusieurs années, sur l’utilité d’entreprendre une vaste consultation populaire visant à mieux définir les contours d’un futur Québec indépendant grace à l’élaboration d’un Constitution proprement québécoise.  Cette intervention, dela part de monsieur Renaud Lapierre, orienta par la suite tout le reste des débats.

Précisons, d’entrée de jeu, le fait que le projet du PQ n’utilisait alors pas, à proprement parler, le terme d’une « assemblée constituante« , tel qu’utilisé par Québec solidaire, ainsi que par Option Nationale, dans certaines de ses interventions.  Une fois cela dit, et quand on prend la peine de relire le détail de ce qui est inclus dans le projet de loi 195, qui fut déposé par la chef du PQ, Pauline Marois, en 2007, on ne peut faire autrement, comme le soulignait avec jutesse Renaud Lapierre, combien de nombreux points de convergence existent toujours entre les différents partis souverainistes, y compris en ce qui concerne les questions de stratégie pour l’accession à l’indépendance pour le Québec.

À preuve ce qui suit, qui est extrait du projet de loi 195, et qui détaillait alors ce que proposait en 2007 le PQ (et qui jusqu’à nouvel ordre constitue toujours une position officielle au sein de ce parti) :

« Article No 2 : L’Assemblée nationale doit pourvoir à l’élaboration d’un projet de Constitution québécoise énonçant notamment les valeurs fondamentales sur lesquelles est fondée la nation québécoise, instituant une citoyenneté québécoise, présentant les symboles nationaux, enchâssant les droits et libertés de la personne et les droits linguistiques fondamentaux, décrivant les institutions parlementaires, gouvernementales et judiciaires du Québec, prévoyant sa révision et assurant sa suprématie.  »

« Article No 3 : Est instituée, sous l’autorité de l’Assemblée nationale, une commission parlementaire spéciale désignée sous le nom de « Commission spéciale sur la Constitution québécoise ». La Commission est instituée au plus tard trois mois après l’entrée en vigueur de la présente loi.  »

« …Article No 5 : La Commission compte 32 membres ainsi répartis :

  1. 16 députés désignés par les groupes parlementaires reconnus au prorata de leur représentation à l’Assemblée nationale ;
  2. 16 personnalités de la société civile désignées par les groupes parlementaires en un nombre égal au nombre de députés désignés en application du paragraphe 1°. »

Le projet de loi 195, déposé en 2007, ne fut jamais adopté, par manque d’appuis à l’Assemblée nationale.  Comme on peut le voir, ce que le PQ propose, va en même temps bien au delà d’une simple commission parlementaire, puisque la moitié des commissaires viendrait de la société civile et ne serait donc pas des députés en tant que tels, et pourrait encore servir de base de départ pour d’éventuelles négotiations, dans le cadre d’un projet d’alliance.

On peut toujours discuter de la manière dont on pourrait voir la composition d’un tel organisme, ainsi que la pertinence ou non de prévoir que tous les membres devraient être au préalable élus (plutôt que nommés par l’Assemblée nationale).  Je trouve pour ma part que toute élection pour déterminer le choix de ceux et de celles qui élaboreraient une nouvelle constitution pour le Québec, devrait se faire sur la  base de la proportionnelle.  En soi, cela fait une raison de plus pour que toute la question de la proportionnelle demeure aussi en tête de liste des sujets à aborder durant ces négociations; j’irais encore plus loin en disant que cette question devrait être essentielle (ou si vous voulez non négotiable).

L’idée voulant qu’une partie des sièges pourraient être réservés à des représentants de la société civile, au delà des candidatures que chaque parti pourraient présenter et qui pourraient ensuite siéger sur cet organisme, est une autre idée qui a du sens.  Cela rejoint ce que nous-mêmes disons dans notre propre programme politique.

On pourrait aussi parler de comment cet organisme devrait s’appeler, si on devrait plutôt appeler cela une assemblée constituante ou non, etc.  Une telle démarche est quelque peu différente de ce que propose Québec solidaire.  C’est aussi assez différent, à plusieurs niveaux,  de ce que nous-mêmes, au PCQ, proposons (et qui est aussi différent de ce que met de l’avant Québec solidaire, même si nous appartenons à ce même regroupement).

Pour ce qui est d’Option Nationale, le problème de fonds est que la position de cette autre formation, à ce propos, reste très générale, quant à la mécanique suggérée.  Mais l’important est de constater à quel point il y a de fait des points de convergence entre le PQ, Québec solidaire, et Option nationale, bien au delà des simples questions de bonne gouvernance.

Cela est d’autant plus vrai qu’autant Québec solidaire, que le PQ, considèrent tous deux une telle mécanique comme devant être enclenchée aussitôt que faire se peut et ne devrait donc d’aucune manière être subordonnée au déclenchement effectif d’un processus d’accession à l’indépendance.

Tous deux semblent aussi s’entendre sur le fait qu’il sera important de mettre plus de chair autour du projet de souveraineté pour le Québec, de manière à maximiser les appuis à un tel projet, et que cela passe notamment par la rédaction d’une constitution proprement québécoise.

À ce sujet, il serait également de bon aloi de clarifier une chose.  Contrairement à ce qui circule en maints endroits, au sein de la mouvance souverainiste, ce n’est pas la position de Québec solidaire qui est la plus nébuleuse quant au déclenchement du processus d’accession à l’indépendance proprement dit, à cause de son insistance à propos de l’importance de mettre en place une assemblée constituante, mais bien plus le PQ puisque ce dernier subordonne ouvertement ce même processus à l’établissement a) de conditions gagnantes toujours pas clairement définies, b) à l’exercice pour une période tout aussi vague (en terme de sa durée) de bonne gouvernance, c) qu’un référendum gagnant ait aussi eu lieu et qu’il ait été remporté.

Inutile d’insister sur le caractère assez aléatoire et incertain — pour ne pas dire plus — d’une telle démarche.  À bien y regarder, la position officielle de Québec solidaire, a elle aussi certains problèmes, au niveau de la mécanique et de la séquence des étapes proposées, mais une telle approche demeure néanmoins moins hasardeuse, de manière plus globale, que celle du PQ.  À tout prendre, c’est très certainement la position d’Option Nationale qui reste, et de loin, la meilleure (en même temps que la plus proche de nos propres positions, au niveau du PCQ), même si celle-ci demeure assez générale (ce qui est sûrement sa plus grande faiblesse).

Une fois tout cela dit, je voudrais, ici, répéter une fois de plus ce que j’ai moi-même tenu à dire au micro, lors de cette fameuse assemblée des États-Généraux de la souveraineté, samedi dernier, soit le fait qu’on devrait beaucoup plus, à partir de maintenant, s’attarder à ce qui peut nous unir, en bout de piste, que de passer notre temps à monter en épingle ce qui peut nous désunir.  On ne répétera cela jamais assez.

C’est d’autant plus vrai qu’il existe déjà, sur plusieurs autres aspects, notamment en ce qui concerne  les aspects plus économiques des programmes politiques de chacun de ces trois (3) grands partis politiques, plusieurs autres points de convergence, avec évidemment certaines nuances, ce qui est en même temps tout à fait normal, puisqu’il s’agit de partis distincts.

Dès l’hivers dernier, le commissaire Renaud Lapierre, qui est lui-même un ancien sous-ministre au Ministère des Ressources naturelles, avait souligné ce fait important.

Bien sûr, diront certains, la direction du PQ ne semble toujours pas — au moins pour le moment — être très intéressée à parler d’une éventuelle alliance.  Même l’utilisation du terme « d’asemblée constituante » semble toujours être bannie, au sein du PQ.

Un fait demeure : le PQ ne peut espérer, dans l’état actuel des choses obtenir plus tard, à l’Asemblée nationale, une majorité de sièges.  Les limitations causées par la loi électorale actuelle, doublé au fait qu’il existe maintenant plusieurs partis politiques d’importance, au sein de la mouvance souverainistes, et que cet état de fait est là pour continuer, font en sorte que c’est mathématiquement impossible pour le PQ de pouvoir espérer une telle majorité, à moins qu’il y ait effectivement une alliance.

Au delà de toutes les excuses et de toutes les envolées oratoires possibles et impossibles, le PQ n’aura pas d’autres choix, à terme, et à défaut de se retrouver ultimement, et à nouveau, avec une très grave crise interne sur les bras, de s’asseoir pour discuter d’une telle alliance.

En regardant tout cela, certaines personnes pourraient en même temps se demander ce qu’il adviendra des efforts, jusqu’à présent déployés, pour aller chercher le maximum d’appuis au sein de la population, bien au delà du clivage gauche-droite qui semble prendre de plus en plus de place, puisque Québec solidaire et Option Nationale sont déjà largement identifiées aux idées de gauche, ainsi qu’aux franges plus radicales du mouvement souverainiste.

En sous-entendu, la question qui est soulevée ici est la suivante : une alliance entre les trois partis ne risque-t-elle pas à terme de nuire à l’ensemble du mouvement souverainiste, en restreignant le niveau d’appuis que ce même mouvement pourrait ensuite aller chercher, notamment auprès des franges plus associées à la droite poltitique.  Elle fut d’ailleurs carrément posée à l’audience par un des commissaires présent le 20 octobre.

Trois personnes, toutes issues de franges assez différentes du mouvement souverainistes, ont alors donné des réponses très intéressantes à cette question.  Il y a d’abord eu Gilbert Paquette, le président du mouvement IPSO, et un ex-péquiste, qui a tenu à souligner le fait que ce n’est pas parce que le mouvement souverainiste semble de plus en plus s’orienter à gauche qu’on devrait pour autant abandonner ceux et celles qui continueraient encore à être influencées par des idées de droite; il faut, dira-t-il, trouver une manière d’aller les chercher aussi.

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, insista ensuite sur le fait que toute la stratégie élaborée par le PQ, pendant des années, et consistant à s’éloigner de son héritage plus à gauche, pour se réorienter de plus en plus à droite, avait clairement fait faillite, et qu’il fallait donc arrêter d’être gené d’être à gauche.  Pendant longtemps, de rajouter Amir Khadir, la gauche s’est auto-censurée, acceptant même de prendre son trou, soit disant pour ne pas nuire au projet de souveraineté, avec les résultats qu’on connaît.

Là, où cela devint vraiment intéressant, fut de voir, tout de suite après, le porte parole du SPQ Libre et toujours membre du PQ, Pierre Dubuc, rajouter qu’Amir Khadir avait raison, que la remontée du PQ, dans l’opinion publique, était d’abord et avant tout lié à un recentrage de ce parti plus à gauche — ce qui devrait facilier encore plus les efforts pour en venir à une alliance –, qu’il fallait conséquemment continuer dans cette lignée, et qu’il fallait aussi prendre acte du fait que la plupart des grands ténors des mouvements de la droite politique sont de plus en plus plus enlignés sur des positions anti-souveraineté, y compris chez ceux qui pouvaient auparavant se dire eux-mêmes souverainistes.

Comme devait le souligner en même temps Gilbert Paquette, il importe de souligner ici comment tout projet d’alliance devra obligatoirement inclure un accord politique, y compris sur la fameuse question de l’accession à l’indépendance, tout au moins au niveau de ce qui peut faire consensus au sein de ces trois formations.

J’ai moi-même tenu à souligner, toujours durant l’assemblée du 20 octobre, comment aucune des plate-formes politiques de ces trois grandes formations n’est parfaite, surtout au niveau de la stratégie d’acession à l’indépendance pour le Québec, qu’elles ont toutes leurs faiblesses, mais qu’elles ont toutes aussi des éléments intéressants, qu’il serait dommage de ne pas tenir compte plus tard, simplement à cause de considérations purement partisannes.

Je concluerai ce propos, en commentant ce que le président de la Société St-Jean Baptiste de Montréal (SSJBM), Mario Beaulieu, a de son côté tenu à dire lors de cette assemblée du 20 octobre.  Son intervention ne portait pas directement sur le débat à propos de la meilleure approche à suivre pour relancer le combat pour l’indépendance du Québec.  Son propos portait plus sur la manière dont une bonne partie du mouvement souverainiste pouvait parfois faire preuve de culpabilité dans la manière dont il pouvait défendre ses positions.  À preuve : la manière de traiter tout le dossier de la défense du français.  On a parfois tendance, de dire Mario Beaulieu, de s’excuser quand il s’agit de défendre nos positions, comme si on n’était pas sûr de nos propres positions.

Ce n’est pas comme cela qu’on pourra ultimement convaincre une majorité claire de la population à nous suivre, de rajouter le président de la SSJBM.  La manière avec laquelle le PQ a finalement plié si rapidemment devant le bluff des partis d’opposition de droite, dans le dossier de la taxe santé, nous démontre à quel point une telle approche ne peut mener nulle part.  Même après avoir plié, voilà maintenant les libéraux et la CAQ qui dénoncent le gouvernement du PQ pour … avoir justement fait marche arrière par rapport à leurs propres promesses électorales et avoir trahi leur électorat.  Quelle ironie !  Dans le fonds, c’est même assez triste.

La même chose pourrait s’appliquer à la peur de toute une partie de la mouvenance souverainiste, face à la possibilité de poser des gestes de ruptures face au pouvoir fédéral, ou pire encore, à faire voter par l’Assemblée nationale une déclaration d’indépendance, sans d’abord passer par un référendum, alors que la plupart des nations du monde sont devenues indépendantes sans conditionner une telle indépendance à la tenue d’un référendum.  Cherchez la faute !  Pourquoi devrions-nous nous sentir coupables de faire ce que presque tout le monde, ailleurs sur la planète, a déjà fait ?…

***

Note: le chef du PCQ, André Parizeau, fait partie de la trentaine de personnes qui représenteront la région de Montréal, lors de la grande assemblée nationale du mouvement souverainiste, qui aura lieu, à Québec, en 2013, et qui se tiendra juste avant qu’on passe à la phase No 2 des États-Généraux de la souveraineté.

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