Publié par : quebecsocialiste | 6 septembre 2012

Analyse communiste des élections québécoises 2012

Après la soirée électorale du 4 septembre dernier, l’heure est aux bilans pour tout le monde, y compris pour le Parti communiste du Québec (PCQ), qui est aussi un collectif reconnu au sein de Québec solidaire. Alors que les grands partis y jouaient leurs crédibilités respectives et que le Parti Québécois, qui a refusé de conclure une alliance électorale avec les autres partis indépendantistes en mettant ses intérêts purement partisans avant ceux du peuple et de la nation québécoise, appelait sans cesse au « vote stratégique » antidémocratique, comment ce scrutin s’est-il déroulé ?

Tout le monde pensait que le thème principal de la dernière campagne aurait été « la loi et l’ordre » si chère au conservateur dans l’âme qu’est Jean Charest. C’était à prévoir, après avoir passé le printemps à insulter les véritables victimes d’intimidation à l’école et au travail, en matraquant que son gouvernement, protégé par les légions armées jusqu’aux dents de la GRC, de la SQ, du SPVM et du SPVQ, ne « cèdera jamais devant l’intimidation » d’étudiants et de citoyens de tous âges qui manifestaient pacifiquement et bruyamment (c’est bien leur droit) leur opposition aux politiques néolibérales et aux lois liberticides du gouvernement libéral. Le Plan Nord et l’économie allaient aussi être au cœur de son programme.

Étant donné que le thème de « la loi et l’ordre » ne s’est jamais imposé pendant la campagne et que le Plan Nord libéral s’est vite révélé invendable (bien avant le début de la campagne en fait), Charest est fini par retomber dans ses vieilles lignes défensives de la campagne de peur anti-souverainiste. Concurrencé à sa droite par le nouveau parti fédéraliste de la CAQ, l’assemblage des naufragés de la défunte ADQ et de mécontents du PQ et du PLQ, Charest s’est mis à sentir la soupe chaude de la défaite vers la fin de la campagne, lorsque même son traditionnel appui indéfectible, le torchon francophobe The Gazette s’est mis à appuyer la CAQ par crainte d’une victoire du PQ.

Dans cette élection, il y a eu des bonnes et des mauvaises nouvelles :

Dans les bonnes nouvelles, il y a la réélection incontestable d’Amir Khadir dans Mercier, suivie par la nouvelle de l’élection de Françoise David dans Gouin. C’est également passé proche pour QS dans Sainte-Marie-Saint-Jacques et Laurier-Dorion. La présence de deux solidaires à l’Assemblée nationale permettra de continuer avec encore plus d’efficacité le travail d’Amir Khadir dans les instances démocratiques québécoises.

Il faut néanmoins continuer de souligner le caractère profondément antidémocratique du mode de scrutin uninominal à un tour en vigueur au Québec et au Canada, un anachronisme hérité de la monarchie constitutionnelle britannique. Ce « modèle » est tout simplement indigne d’une démocratie du 21e siècle. Ceux qui défendent encore ce mode de scrutin, par intérêts purement partisans, font le jeu de l’oligarchie bourgeoise fédéraliste, qui a intérêt à ce que ce système injuste demeure en place, étant donné qu’il est idéal pour défendre ses intérêts minoritaires hostiles à la majorité du peuple.

Une autre bonne nouvelle, aussi évidente, est la défaite cuisante de Jean Charest dans son conté de Sherbrooke. Sa démission de la chefferie du PLQ, le lendemain, confirme que bien qu’ils restent encore beaucoup trop présents à l’Assemblée nationale, les libéraux seront moins combattifs pendant qu’ils seront en lutte de succession pour se trouver un nouveau chef. Avec la commission Charbonneau qui reprendra ses travaux sous peu, l’état actuel du camp libéral le rendra encore plus vulnérable aux scandales de corruption à venir.

Bon débarra !

Alors que les sondages donnaient les libéraux en déroute et la CAQ conservatrice et « suppléante fédéraliste » comme opposition officielle, c’est en fait le contraire qui s’est produit : la CAQ s’est dégonflée le jour des élections, avec ses vire-capots carriéristes ex-PQ battus dans leurs contés (comme Benoit Charette dans Deux-Montagnes) et sa vedette, le « docteur Barrette », battu dans Terrebonne malgré les sondages. Alors qu’ils s’attendaient à « au moins 40 députés », les stratèges de la CAQ sortent des élections avec seulement 19 députés élus, dont son chef François Legault qui a eu toutes les misères du monde à se faire élire dans l’Assomption, qu’il croyait acquise dès le départ…

Si elle manœuvre bien, Pauline Marois devrait bien s’en tirer devant ses adversaires fédéralistes diminués, avec la conjoncture qui devrait lui être favorable sous peu. Comme l’a dit Richard Le Hir dans son analyse sur le site Vigile.net, faire le ménage à la tête d’Hydro-Québec et de la Caisse de dépôt et placement du Québec (des actions qui ne nécessitent aucun vote en chambre) fera plaisir à la population et devrait également faire ressortir des scandales dans l’administration de ces sociétés par le gouvernement libéral. Bien que le PQ ait menti à ce sujet durant la campagne, il reste qu’il n’aura pas besoin d’une majorité pour abolir la liberticide loi spéciale 78 des libéraux, étant donné qu’une telle loi peut être révoquée à tout moment par simple décret du Premier Ministre. La même règle du décret s’applique aux frais de scolarité. De plus, tant qu’elle proposera des lois progressistes pour la population québécoise, Pauline Marois aura le support de Québec solidaire. Un tel travail pourra, nous l’espérons, réparer et resserrer les relations brisées par la démagogie électoraliste de la dernière campagne. Une telle collaboration sera nécessaire en vue d’une alliance électorale pour les prochaines élections, ce qui devrait achever les libéraux.

Malheureusement, il y a aussi les mauvaises nouvelles. Le fait que les libéraux aient quand même réussi le tour de force d’aller chercher 31% du vote populaire, dans un scrutin avec un bon taux de participation en plus, cela donne lieu à beaucoup de questions. Comment se fait-il que 31% de québécois aient quand même décidé de voter pour les traîtres du parti libéral ? Ils sont quand même allés chercher plus loin que leur électorat traditionnel acquis d’avance (environ 25% de la population, dont la quasi unanimité des anglophones). La réponse est simple : le contrôle absolu des médias.

Cela fait combien d’années que le PQ existe, sans jamais avoir essayé de se doter d’un seul média de masse pour diffuser son message chez les habitants moins politisés de notre nation ? Plutôt que de se doter d’un média unitaire capable d’aller rejoindre la population avec un petit coup de pouce de sa part, le PQ a préféré passer les 15 dernières années à se fier à a bonne volonté de neutralité de ses ennemis jurés dans les médias, tout en crachant sur ses propres appuis, en reniant les Yves Michaud, Pierre Falardeau et Patrick Bourgeois du Québec.

Ceux qui blâment QS pour la défaite d’hier soir, on pourrait leur en parler longtemps des médias, dont 7 sur 10 sont contrôlés par Desmarais au Québec (presque tout le reste est contrôlé par Quebecor, un autre empire fédéraliste hostile aux intérêts des travailleurs québécois). Logique, puisque Desmarais est le grand chef de l’oligarchie bourgeoise québécoise. Cette oligarchie a eu peur lorsqu’il y avait des discussions pour une alliance électorale d’envergure dans le camp indépendantiste, alors ils ont décidé de diviser pour régner, en passant le mot d’ordre à leurs larbins pour qu’ils fassent l’éloge d’un camp souverainiste pour rendre l’autre méfiant. Il est malheureux de voir que certains sont allés volontairement se jeter dans le piège, par aveuglement idéologique ou partisan.

Certains ont beaucoup critiqué QS pour des gaffes en effet assez évidentes lorsqu’il a été temps d’aller courtisé le vote allophone. Le problème, c’est que ces mêmes personnes n’ont pas eu la critique aussi facile quand Pauline Marois est allée courtiser le même vote allophone et même anglophone, sans parler de son appel aux « fédéralistes fatigués » avant de renier l’engagement sur les référendums d’initiatives populaires (RIP), voté en congrès par les membres de son parti. Dans les deux cas, ça s’appelle de l’électoralisme. Tout le monde fait des erreurs, il faut juste savoir les critiquer objectivement.

Une autre nouvelle franchement mauvaise est la défaite de Jean-Martin Aussant (Option Nationale) dans Nicolet-Bécancour. Cet homme possède le potentiel pour devenir un élément important dans la future république indépendante du Québec. Il livre avec facilité des arguments convaincants à la population pour avancer vers la souveraineté. C’est pour cette raison que les médias n’ont rien voulu savoir quand il a été question de l’inclure dans le débat des chefs. Marois n’a pas aidé là-dessus, tout comme elle n’a pas aidé en s’obstinant à présenter un candidat donné perdant d’avance pour le PQ dans Nicolet-Bécancour, par pur esprit de vengeance, sans aucun rapport avec la victoire du PQ aux élections ou l’avancement du projet d’indépendance. La CAQ en sort avec un député de plus. C’est d’autant plus enrageant que la CAQ est en faveur de l’exploitation des gaz de schiste, alors qu’une claire majorité de la population de cette région est opposée à ces projets gaziers reconnus internationalement comme dangereux pour l’environnement et les sources d’eau potable proches.

Sur une dernière note tragique, le PCQ tient à condamner dans les termes les plus clairs l’attentat terroriste contre Pauline Marois, commis par un dangereux suprématiste anglophone, probablement inspiré par le discours de haine des libéraux et de plusieurs grands médias et journaux anglophones contre les indépendantistes québécois. Nous transmettons nos condoléances à la famille de la victime.

Au Québec, il y a le camp indépendantiste (PQ, QS et ON) qui est attaché à la démocratie et le camp fédéraliste (PLQ et CAQ/ADQ) qui passe des lois pour rendre illégale la dissidence trop contestataire de ses politiques les plus injustes. Il y a un camp pacifiste et un autre pour la violence d’individus armés (GRC, SQ, SPVM et SPVQ) contre ses opposants politiques. Le deuxième camp a le contrôle total des médias et peut donc diffuser sa propagande haineuse sans problème à toute la population. L’équation est facile. Il ne faut qu’un éditorial haineux pour influencer un désaxé haineux à passer à l’acte…

Une leçon claire à tirer :

Il est évident que le résultat d’hier soir doit servir de signal d’alarme à toutes les tendances confondues du mouvement indépendantiste québécois qui refusent d’avancer vers une alliance électorale temporaire pour l’indépendance du Québec.

Maintenant que cette élection du 4 septembre est derrière nous, nous allons devoir laisser de côté nos différences afin de pouvoir tous travailler ensemble pour garantir la victoire d’une alliance électorale indépendantiste et progressiste aux prochaines élections. Notre survie commence à en dépendre.

L’objectif du Parti communiste du Québec est l’unité de tout les partis souverainistes et indépendantistes québécois dans une alliance électorale temporaire, le temps de convaincre les quelques % qui nous manquent collectivement pour libérer notre pays de la tutelle colonialiste de la fédération monarchiste canadienne. C’était notre position avant l’élection, ce le sera après et nous continuerons dans ce sens, même si des sectaires de tout les côtés préfèrent continuer de nous cracher dessus et de tirer sur leur propre camp plutôt que de combattre nos vrais ennemis issus de l’oligarchie bourgeoise fédéraliste, qui a tout intérêt à ce que QS, ON et le PQ restent bien divisés et méfiants les uns des autres (diviser pour régner).

Pendant que les grands médias et journaux anglophones, dont les médias de «Sun », la filiale anglophone de Quebecor, continuent de déchaîner leur haine contre le Québec et son peuple pour avoir « mal voté », nous ne devons pas rester les bras croisés à attendre les prochaines élections pour agir. Seule l’indépendance du Québec nous permettra de réaliser nos rêves de progrès pour le peuple québécois, étant donné que les colonialistes conservateurs qui règnent sur Ottawa n’accepteront jamais notre différence, vue comme une impureté à corriger par les impérialistes canadiens.

Chacun a un rêve pour la société québécoise, le PCQ en premier. C’est pourquoi notre slogan, « Vers l’indépendance et le socialisme », est plus que jamais d’actualité : la seconde partie ne pourrait pas se réaliser sans la première. Nous n’allons pas pour autant nous saborder jusqu’à l’hypothétique date de l’indépendance (bien malin celui qui saura prédire quand). C’est le même principe pour QS et l’ON. Nous devrons travailler ensemble, sur un pied d’égalité et de respect malgré nos différences, si nous voulons un jour remporter la victoire et prendre en main notre destinée en tant que peuple souverain.

Vive le Québec libre et socialiste !

-Gabriel Proulx, co-porte-parole du Parti communiste du Québec, Saint-Eustache

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