Publié par : quebecsocialiste | 10 juillet 2012

Le peuple libyen vit toujours sous la terreur et la dictature

Samedi dernier, une autre parodie de scrutin a eu lieu dans le monde arabe post-printemps « Fabriqué en Occident », cette fois en Libye. Là-bas, les forces néolibérales de Mahmoud Jibril, un ancien allié de Kadhafi aujourd’hui vendu à l’Occident, auraient remporté un scrutin « dans les règles de l’art » selon des observateurs européens, issus des pays ayant bombardé la Libye pendant des mois sous le prétexte hypocrite et honteux du « devoir d’ingérence humanitaire », afin de tuer Kadhafi, faire fuir les libyens partisans de l’indépendance de leur pays et y installer à la place les anciens alliés de Kadhafi devenus pantins de l’Occident, soit Moustapha Abdeljalil et Mahmoud Jibril, reconnus avant l’agression de la Libye l’année dernière comme les ministres les plus corrompus du gouvernement Kadhafi.

En Occident, après le « choc » de l’arrivée au pouvoir des islamistes en Tunisie et en Égypte (en réalité, l’OTAN ne s’est pas gênée pour s’allier à Al-Qaida en Libye et en Syrie), les journaleux au service de la propagande d’État occidentale ont célébré « l’exception libyenne » comme la preuve du triomphe de la « morale supérieure occidentale » et de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye, que ces mêmes journaleux ont appuyé du début à la fin.

En réalité, il n’y a aujourd’hui aucune « exception libyenne ». Les Frères Musulmans ont gagné en Tunisie et en Égypte, alors qu’en Libye, la charia a été désignée comme principale source de législation depuis la victoire d’Al-Quaëda et des mercenaires occidentaux à Tripoli en septembre 2011. Le 23 octobre 2011, Moustapha Abdeljalil, le président de l’autoproclamé « Conseil National de Transition libyen » (CNT), déclarait : « En tant que pays islamique, nous avons adopté la charia comme loi essentielle et toute loi qui violera la charia sera légalement nulle et non avenue. »

 

Plus récemment, seulement deux jours avant le « scrutin » du samedi 7 juillet dernier, Abdeljalil déclarait : « Le peuple libyen est attaché à l’islam comme religion et comme législation. Par conséquent, le Conseil national de transition recommande de considérer la charia comme la principale source de la législation. »

Il y a quelques jours, Othman Bensassi, le patron de l’administration du CNT, déclarait : « La charia? Mais il n’y aura pas de débat! Tout le monde est pour en Libye, tous les partis y ont fait référence pendant la campagne électorale, et tous la voteront. »

Il ne faut pas non plus oublier que depuis la chute de Tripoli, la capitale libyenne, en septembre 2011, c’est Abdelhakim Belhadj, le chef historique d’Al-Qaida en Libye, qui assume le gros du pouvoir, ayant été nommé gouverneur militaire de la région de Tripoli. Le CNT l’a même chargé d’organiser l’armée de la « nouvelle Libye ». Depuis septembre 2011, les miliciens d’Al-Qaida sèment la terreur dans la région de la capitale libyenne, par la torture et l’assassinat de leurs opposants politiques, par le viol des femmes qui ne portent pas le voile et par le lynchage public des libyens à la peau noire.

Chef historique d’Al-Qaida en Libye, Abdelhakim Belhadj (photo), est devenu gouverneur militaire de Tripoli « libérée » et a été chargé d’organiser l’armée de la « nouvelle Libye ».

On ne peut donc que constater la grossière hypocrisie des journaleux comme Serge Truffaut, du journal Le Devoir, qui ose poser la question suivante, en conclusion de son éditorial du 10 juillet 2012 : « Reste à savoir, et à surveiller, si la charia sera la source principale de la loi fondamentale de la Libye. » Serge Truffaut est-il seulement au courant de tous les faits et les citations énumérées plus haut ? Ce serait le travail minimal que l’on pourrait exiger de la part d’un individu prétendant à la profession de journaliste.

Quelques faits historiques à rappeler :

Les journaleux et propagandistes officiels occidentaux ont tendance à parler du régime de Kadhafi comme s’il s’agissait d’une abomination qui n’a jamais rien donner de bon au peuple libyen. La réalité historique est à l’opposé de cette impression laissée par les grands médias. Mouammar Kadhafi n’était pas un tendre, c’était un militariste obstiné qui réprimait la dissidence. Ceci est un fait. Par contre, ses 42 années de pouvoir ne se résument pas à ça, loin de là.

Lors de son arrivée au pouvoir en septembre 1969 après le renversement de la monarchie absolue du roi Idriss 1er (dont l’emblème rétrograde est aujourd’hui de retour comme drapeau officiel de la Libye), le colonel Kadhafi avait devant lui une Libye qui aurait pu servir de définition au mot « misère ». La population était très majoritairement analphabète, plus de 90% de la population était soit très pauvre, soit dans la misère, la population n’avait accès à aucun service de santé public et après des décennies d’horreur sous le joug du colonialisme fasciste italien, puis sous celui du colonialisme britannique, le sentiment de fierté nationale était complètement écrasé. Pendant ce temps, les multinationales britanniques faisaient fortune avec les immenses gisements pétroliers libyens, avec la bénédiction du roi fantoche Idriss 1er, placé sur son trône par le gouvernement britannique justement pour garantir une image de légitimité au pillage indécent des ressources libyennes sous le nez d’une population en proie à la misère la plus abjecte. Bien entendu, en bon « roi nègre », Idriss 1er touchait personnellement un bon pourcentage dans l’opération.

Le 1er septembre 1969 donc, Kadhafi et ses hommes foutent Idriss 1er dehors et établissent un nouveau régime vaguement inspiré de l’Égypte de Nasser. Les colonialistes étrangers se font montrer la porte, le pétrole est nationalisé et ses revenus servent maintenant le peuple libyen, qui aura progressivement accès à des services publics de santé et d’éducation, pendant que la condition des femmes libyennes s’améliore. En choisissant de s’appuyer sur les tributs et leurs conseils locaux, Kadhafi ira dans le sens de la tradition libyenne.

L’administration Kadhafi améliorera progressivement la qualité de vie du peuple libyen jusqu’à la rendre comparable à celle des pays européens. Depuis le début des années 2000, la Libye était le pays le plus prospère de tout le continent africain, affichant un indice de développement humain (IDH) digne d’un pays occidental. Dans les dernières années de son régime, Kadhafi avait utilisé une partie des surplus pétroliers de son pays pour financer le tout premier satellite de communication africain et prévoyait également utiliser les énormes richesses de son pays pour créer une banque continentale africaine pour aider les nations africaines les plus pauvres. Enfin, Kadhafi avait proposé, quelques mois avant l’invasion de son pays par l’OTAN et les monarchies arabes, de créer une monnaie continentale africaine basée sur l’or. Certains pensent que c’est ce dernier projet, qui aurait représenté un désastre pour l’économie occidentale basée sur le néo-colonialisme en Afrique, qui a scellé son destin.

Pour avoir nationalisé le pétrole libyen et pour s’être rapproché de l’URSS, Kadhafi devra payer le prix fort, lorsqu’en 1986, un bombardement de la marine étasunienne sur sa résidence cause la mort de sa fille adoptive, un bébé de deux ans.

En avril 2011, son plus jeune fils est assassiné lors d’un bombardement à Tripoli, avec ses trois enfants en bas âges. Les « rebelles démocrates » de Bengazi célèbrent alors la mort de petits enfants, présage de ce qui allait se produire à Syrte, ville natale de Kadhafi. Autrefois une ville moderne et tranquille, Syrte est aujourd’hui un tas de ruines, une ville fantôme où la mort règne avec les miliciens mercenaires de Misrata, qui n’auraient pas pu dévaster cette ville sans l’aide des bombardements massifs de l’OTAN. En fait, les mercenaires « rebelles » d’Al-Qaida n’auraient absolument rien pu faire sans l’aide de l’OTAN, qui est allée jusqu’à utiliser des bombes incendiaires sur les villages entourant Tripoli, dont le village de Bani Walid, qui a résisté à l’envahisseur colonialiste jusqu’à la fin.

Un bilan que les grands médias ne veulent pas voir, ni entendre, ni communiquer :

Au nom du principe inventé par l’Occident et nommé hypocritement « devoir d’ingérence humanitaire », l’OTAN a bombardé la Libye pendant huit longs mois. Selon les sources variantes, l’intervention « humanitaire » de l’OTAN en Libye, censée prévenir un « massacre imminent », aurait causé la mort de 60 000 à 100 000 libyens, majoritairement des civils. Toute une prévention…

En comparaison, certains occidentaux voudraient envahir la Syrie pour le « bilan » non vérifié, qui n’est étayé par aucune source crédible ou indépendante, de 16 000 morts en un an, dans un pays où sévissent aujourd’hui des bandes armées et des escadrons de la mort jihadistes financés par l’Arabie-Saoudite (le régime le plus oppressif de tout le monde arabe) et l’argent des payeurs de taxes occidentaux, qui doivent « serrer la ceinture » en période de crise. Un mensonge similaire avait été utilisé en Libye, où les grands médias avaient inventé l’histoire selon laquelle l’aviation libyenne, sous les ordres de Kadhafi, avait massacré 6000 civils en quelques jours, dont 3000 à Bengazi, 2000 à Tripoli et 1000 dans le reste du pays. Après la fin de l’agression en Libye, les médias ont avoué du bout des lèvres que ces 6000 morts qui ont servi de prétexte à l’intervention de l’OTAN n’avaient jamais existé, qu’ils n’étaient qu’une pure invention d’un groupe d’exilés libyens pour justifier l’invasion occidentale de leur pays natal, tout comme le mensonge grossier des pilules de Viagra supposément distribuées aux soldats libyens pour violer des femmes au hasard.

Au moins en Syrie, la Russie et la Chine font leur travail de protection de la paix et du droit international, en mettant en échec les tentatives de l’OTAN et des monarchies arabes de trouver un prétexte légal à leur projet d’invasion de la Syrie.

Aujourd’hui, c’est le drapeau de la monarchie du roi fantoche Idriss 1er, symbole de la misère et de la soumission à l’Occident, qui est de retour sur les édifices officiels libyens. Comme de fait, il a ramené avec lui le colonialisme et la misère, la Libye étant passée en seulement quelques mois de nation la plus prospère d’Afrique à l’un des pays les plus misérables du monde. De nation affichant une relative égalité hommes-femmes, la Libye du CNT est aujourd’hui sous le joug de la charia, la loi islamique rétrograde. 40 ans de progrès économiques et sociaux réduits en cendres en seulement quelques mois, avec la terreur des bandes armées en bonus.

Cet article est en hommage aux libyens et aux libyennes, adultes et enfants, qui sont morts sous les bombardements de l’OTAN et les exactions du CNT et d’Al-Qaida, ou qui ont été poussés à l’exil vers les pays voisins. Ceux-là ne fêtent pas la victoire d’une parodie de démocratie en Libye, ils sont morts et entassés dans des charniers, ou réfugiés et entassés dans des camps misérables.

Le mépris des impérialistes pour la vie humaine ne connaîtra jamais de limite, tant qu’ils resteront sans opposition, avec le monopole des grands médias.

Un monde forgé dans le sang et les conquêtes ne peut que mener à plus de guerres.

-Gabriel Proulx

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