Publié par : quebecsocialiste | 9 mars 2012

Ce que représente la grève étudiante pour l’évolution du Québec

La grève étudiante québécoise, aujourd’hui forte de plus de 130 000 adhérents, se trouve au centre de l’actualité québécoise, étant donné que cela faisait longtemps qu’un tel mouvement ne s’était pas manifesté au Québec. Jeudi le 8 mars, une semaine après une manifestation nationale devant l’Assemblée nationale du Québec, les étudiants retournent dans les rues pour faire comprendre au gouvernement libéral qu’ils ne le laisseront pas faire ce qu’il veut avec notre avenir. Cette manifestation était encore plus symbolique puisque le 8 mars célèbre la journée internationale de la femme et que la hausse prévue des frais de scolarité menace de réduire les perspectives d’études supérieures pour les prochaines générations de québécoises, autant que pour les québécois.

Aux étudiants pacifistes et porteurs de notre avenir, le gouvernement libéral n’a plus que la répression à offrir, sous la forme de matraques et de gaz lacrymogène, gracieuseté de la SQ, la police politique du gouvernement, qui ne semble pas avoir tant changé depuis sa création par Maurice Duplessis durant la grande noirceur, pour écraser les mouvements de grève et intimider les représentants de la classe ouvrière québécoise ! Comment les admirateurs des libéraux peuvent-ils ensuite prétendre que leur grand chef, Jean Charest, dirige selon un modèle démocratique ? Il n’y a rien de démocratique dans un régime qui impose et rejette du revers de la main les oppositions à ses projets, sans même essayer d’en débattre d’abord. Après ça, les prêcheurs capitalistes veulent donner des leçons de démocratie aux autres…

L’éducation est un droit, pas un investissement

En réponse à certains journaleux économiques qui prétendent sans rire que « l’éducation est un investissement, pas un droit » il faudrait rappeler que l’éducation est, selon l’ONU, un droit fondamental. Oui, cela veut dire que l’éducation est directement reliée à la question des droits humains. Ceux qui scandent, depuis leur tour d’ivoire, qu’il est « normal » que des étudiants s’endettent jusqu’au cou pour avoir accès à un avenir meilleur, ne sont pas seulement des prêcheurs fanatiques du capitalisme néolibéral, ils défendent carrément une position immorale ! En fait, la bonne affirmation serait plutôt : l’éducation n’est pas un droit, mais le devoir de la génération précédente de transmettre son savoir à la génération suivante.

La hausse des frais de scolarité ne fera que fermer les portes des universités aux enfants des classes plus défavorisées de la société. Sur le long terme, une hausse constante des frais de scolarité, qui viserait à se rabaisser au niveau de la moyenne canadienne, finirait aussi invariablement par fermer les portes des universités à la grande majorité de la classe moyenne, qui devrait choisir entre s’éduquer ou s’endetter jusqu’au cou. Dans les deux, ce serait la misère, le gage d’une société de moins en moins juste et de plus en plus inégalitaire, où l’éducation supérieure deviendrait une sorte de privilège réservé aux enfants de la bourgeoisie, l’aristocratie moderne. Cet avenir là, ce serait la mort du Québec.

Les étudiants qui appuient la hausse des frais de scolarité, une minorité négligeable composée principalement, de libéraux, d’enfants de riches et de jeunes naïfs qui gobent sans poser de question que les frais de scolarité plus bas au Québec constitueraient une sorte de « retard » sur les États-Unis et le Canada anglais, s’enferment dans le mensonge et la propagande du « socialement responsable » pour essayer de justifier leur position indéfendable. La réalité, c’est que le Québec affiche bel et bien un retard, mais pas celui qu’ils prétendent : le Québec est effectivement en retard sur plusieurs pays européens et surtout scandinaves, où les frais de scolarité sont soit beaucoup plus bas qu’ici, soit carrément inexistants, donc gratuits. Ceci est sans parler que l’éducation est également gratuite et universelle dans plusieurs pays plus pauvres, comme Cuba, où le gouvernement socialiste a offert depuis longtemps la gratuité scolaire totale à son peuple, jusqu’à l’université, même si Cuba n’a pas la chance de posséder les immenses ressources naturelles du Québec.

Ce sont donc les États-Unis et le Canada anglais qui sont en retard sur le Québec en termes d’accessibilité à l’éducation, un droit humain fondamental et universel.

La gratuité scolaire passe par la nationalisation de nos ressources naturelles

Étant donné qu’il est question, dans cet important débat public, du financement de nos établissements scolaires, les étudiants ont commencé à évoquer le fait qu’il serait facile de régler cette question si le Québec avait le contrôle de ses ressources naturelles. Il est dommage que ce point ne soit pas plus souvent utilisé, car nous avons ici la clé du « problème des finances » au Québec.

Bien entendu, le sujet de la nationalisation va beaucoup plus loin que la simple question du financement de nos institutions d’études supérieures, mais les étudiants québécois franchiraient une étape importante dans l’opposition au système de gestion néolibéral au Québec. Après tout, comme je l’ai retenu après le visionnement de l’excellent documentaire « Trou Story » de Richard Desjardins, nous perdons collectivement, au Québec, des dizaines de milliards de dollars chaque année, à cause de la gestion archaïque de nos ressources minières, abandonnées pour presque rien à des multinationales étrangères qui perçoivent en retour le Québec comme une vulgaire république de bananes. La nationalisation de toutes nos ressources naturelles ne règlerait pas seulement le « problème » du financement de notre système d’éducation en un clin d’œil, elle établirait également l’image d’un Québec qui demande le respect. Il va sans dire que cela serait de bonne augure pour un Québec indépendant, qui aurait la prospérité à portée de main, mais gardons cette discussion pour un autre texte.

Il est aussi frappant de constater que comme dans le cas du secteur minier, la corruption gangrène les administrations des universités un peu partout au Québec. Des recteurs s’octroient ainsi des hausses salariales de 40% sur deux ans, pendant que d’autres poussent leurs conseils d’administration à se ruiner dans l’immobilier, dans le bon esprit des investissements capitalistes, sans même considérer un instant la possibilité de demander leur avis aux étudiants « investisseurs » à qui la ministre Line Beauchamp demande sans rougir de se serrer la ceinture…

Les étudiants doivent continuer la lutte

La présente génération d’étudiants, ma génération, qui représente un nouvel espoir pour l’avenir du Québec, ne doit surtout pas plier devant la propagande capitaliste, la brutalité policière et le refus de dialoguer du gouvernement Charest. Le temps est de leur côté, puisque les chances sont bonnes pour que les libéraux de Jean Charest ne survivent pas à la prochaine élection générale, qui doit légalement avoir lieu d’ici moins d’un an et ça, c’est si elle n’est pas déclenchée dans les prochains mois. Il faudra bien entendu faire le bon choix, ce qui exclu la CAQ de François Legault, un parti néolibéral dans l’âme qui est une menace pour tout le Québec, à l’exception du conseil du patronat.

Le moment venu, le peuple québécois et ses étudiants, dans un effort intergénérationnel, sauront reconnaître le meilleur choix pour l’avenir du Québec, qui ne saurait survivre sans la confiance en ses étudiants porteurs d’espoir et de liberté.

Non à la hausse ! Oui à la gratuité scolaire et aux droits humains !

-Gabriel Proulx

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