Publié par : quebecsocialiste | 27 octobre 2011

La mort de Kadhafi et la « morale occidentale » à deux vitesses

« We came, we saw, he died. » (Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort)

– Hillary Clinton, ministre des affaires étrangères des États-Unis, lance une blague en apprenant la mort de Mouammar Kadhafi durant une interview pour la télévision

« Dieu est grand »

– Ce qu’on peut entendre tout au long de la vidéo, difficile à regarder, du lynchage de Kadhafi par les mercenaires islamistes du CNT et de l’OTAN

La semaine dernière, après huit mois de résistance acharnée face aux bombardements de l’OTAN contre tout ce qui bouge dans les villes qui n’étaient pas sous la botte du CNT (dirigé par des ex-ministres de Kadhafi et appuyé par Al-Quaëda et l’OTAN, donc n’ayant rien de révolutionnaire), la Libye a vu son chef d’État être sauvagement assassiné par un groupe armé d’islamistes enragés, qui venaient ainsi de capturer vivant un vieil homme blessé, qui aurait donc pu être jugé devant un tribunal pour les crimes qui lui étaient reprochés. Cela n’aurait visiblement fait l’affaire ni des pays impérialistes impliqués militairement en Libye, ni des ex-ministres corrompus devenus traitres à la tête du CNT et à la solde de leurs nouveaux protecteurs étrangers, alors Mouammar Kadhafi fut tout simplement lynché et assassiné sur la place publique, non pas par un mouvement spontané du peuple contre un tyran qu’il déteste*, mais par des mercenaires islamistes venus de Misrata, la « ville martyr de la Libye » selon la propagande occidentale officielle, où des noirs sont lynchés depuis la « libération » de cette ville par les bombardements criminels de l’OTAN.

*Les grands médias comparent la mort de Kadhafi à celle de Mussolini, leader de l’Italie fasciste durant la 2e Guerre Mondiale qui fut pendu par les pieds et égorgé comme un cochon à Milan en avril 1945. Cette comparaison boiteuse tient de la paresse intellectuelle et de l’hypocrisie la plus crasse, pour diverses raisons :

– Mussolini fut lynché par une foule en colère locale, alors que Kadhafi a été lynché par des mercenaires armés venus d’une autre ville, pendant que ce qui restait de la population locale de la ville de Syrte demeurait cachée chez elle, terrifiée par les bombardements de l’OTAN et la barbarie des « rebelles » islamistes et racistes de Misrata et de Benghazi;

– Mussolini était le dictateur fasciste d’une des grandes puissances colonisatrices européennes et presque plus personne ne le soutenait en Italie au moment de sa mort, alors qu’en Libye, Kadhafi a fait de son pays l’endroit le plus prospère de toute l’Afrique sans avoir besoin de voler les richesses d’autres pays pour y parvenir, ce qui fait qu’encore beaucoup de libyens et de libyennes le supportaient. Un dictateur détesté par son peuple aurait été incapable de mobiliser plus de 1,5 million de personnes pour l’appuyer, ce qui s’est fait à Tripoli le 1er juillet dernier;

– Mussolini a colonisé la Libye et a mis son peuple et ses résistants dans des camps de concentration tout en testant son aviation militaire sur la population civile, alors que Kadhafi a expulsé le colonialisme de la Libye en 1969 et prévoyait utiliser une partie des vastes fonds souverains libyens, aujourd’hui bloqués à l’étranger, pour aider le reste de l’Afrique à se doter d’une banque centrale et d’une monnaie unique basée sur l’or, ce qui aurait libéré l’Afrique du colonialisme néolibéral du FMI et de la Banque Mondiale;

– Enfin, comment les grands médias occidentaux ont-ils pu oser comparer Kadhafi à Mussolini alors que c’est récemment le chef du CNT qui a vanté « les belles années du colonialisme italien en Libye » lors d’une cérémonie à Tripoli visant à commémorer le centenaire de l’invasion de la Libye par l’Italie, en présence de l’actuel ministre de la défense de l’ancienne puissance coloniale, un admirateur avoué de Mussolini…

Ceci étant dit, l’indécence des médias a vraiment franchi un niveau historique durant les derniers jours, alors que les images de la dépouille de Kadhafi ont été exhibées partout à la télévision et en première page des grands journaux de ce monde, comme la dépouille sanguinolente d’une bête exhibée en trophée sur le toit du camion d’un chasseur bourré de bière. Kadhafi serait-il devenu le nouvel « exemple » de ce qui est censé arriver à ceux qui défient trop ouvertement l’empire, capable d’écraser une nation du tiers monde sans subir une seule perte ? En tout cas, le sénateur étasunien et ex-candidat républicain à la présidence de ce pays, John McCain, ne fait ni dans la subtilité, ni dans la diplomatie, en déclarant publiquement dans les médias que « le prochain dictateur à tomber pourrait bien être Al-Assad de Syrie ou peut-être même monsieur Putin en Russie, sans parler de certains chinois qui doivent être assez effrayés »… Si ce vieil homme assoiffé de sang avait par malheur été choisi président des États-Unis en 2008, il se peut fort bien qu’une guerre nucléaire mondiale aurait déjà eu lieu.

L’hypocrisie occidentale à son meilleur

Enfin, toute l’indécence des chancelleries occidentales et de la classe médiatique sur la mort et la dépouille de Mouammar Kadhafi n’a eu d’égal ces derniers jours que l’hypocrisie suprême qu’a été la série d’hommages et de larmes de crocodiles pour la mort du « grand ami de l’occident » qu’a été Sultan ben Abdel Aziz Al Saoud, qui n’était autre que le vieux prince héritier de la monarchie absolue théocratique d’Arabie-Saoudite, où la population en générale n’a aucune liberté, surtout les femmes qui n’ont à peu près aucun droit dans cette dictature totalitaire créée de toute pièce par l’empire britannique en 1932, ce qui est tout le contraire de la Libye, où les femmes avaient autant de droits que les hommes (mais le CNT a déjà annoncé qu’il s’occuperait de corriger ce « problème » en imposant la charia en Libye). Le prince Sultan était aussi ministre de la défense d’Arabie-Saoudite depuis 1963 (ça faisait 48 ans), ce qui faisait de lui l’un des maîtres d’œuvre de l’appareil de répression saoudien, reconnu extrêmement brutal. Reconnaissant la perte d’un « grand ami des États-Unis et allié important dans la lutte contre le terrorisme », le président Obama a transmis ses plus sincères condoléances au royaume et a immédiatement envoyé son vice-président, Joe Biden, en Arabie-Saoudite pour assister personnellement aux funérailles du prince Sultan, « une grande perte pour le monde »…

Après l’écœurante exhibition triomphaliste du corps de Mouammar Kadhafi, les chaleureuses condoléances au prince Sultan d’Arabie-Saoudite par les chefs d’États occidentaux et la sobre couverture médiatique de cet événement démontrent hors de tout doute possible l’hypocrisie de l’occident en matière de démocratie et de droits humains. Comment détester Kadhafi à ce point et ensuite s’émouvoir de la mort du #2 d’une monarchie absolue dont la politique intérieure ferait passer l’Iran pour un paradis des droits humains ? Ce qu’il faut comprendre de tout cela, c’est le favoritisme réel des États impérialistes pour les dictatures dociles, en particulier les monarchies pétrolières. Il ne faut pas oublier que l’Occident n’a pas levé le petit doigt pour venir en aide aux manifestants pacifiques du Bahreïn, où la monarchie a fait appel il y a quelques mois à l’Arabie-Saoudite et aux Émirats Arabes-Unis pour l’aider à écraser le vent de révolte populaire dans ce petit État de 700 000 habitants. Forces royales bahreïnies et saoudiennes ont ensuite massacré froidement des centaines de manifestants sans défense en quelques jours, dans l’indifférence totale des pays occidentaux dont certains, comme la France et les États-Unis, fournissaient les armes à la police et à l’armée du Bahreïn. Après tout, le drapeau agité depuis des mois par les mercenaires du CNT est le même que celui de la monarchie du roi Idris 1er de Libye, renversé par un jeune colonel Kadhafi le 1er septembre 1969, ce qui mis fin à l’époque au colonialisme européen et à la présence militaire des États-Unis dans ce pays.

C’est donc sur cette note que se termine l’histoire de Mouammar Kadhafi, qui était quand même loin d’être un grand défenseur des droits humains et a souvent joué hypocritement dans les deux camps pour amadouer les puissances occidentales et ainsi les empêcher d’envahir son pays pour le tuer et pour refaire main basse sur le pétrole appartenant de plein droit au peuple libyen. À la fin, il aura appris que les jeux de coulisses et les services rendus dans la « guerre contre le terrorisme » ne suffisent pas à protéger un pays du tiers monde riche en ressources naturelles de l’appétit capitaliste, surtout lorsque le même capitalisme est en pleine crise généralisée et ne pouvait supporter l’idée que Kadhafi puisse contribuer à libérer l’Afrique de la dictature néolibérale du FMI, ce qui aurait achevé une Europe déjà vacillante. Au final, l’homme lui-même n’est pas tellement une perte en comparaison du symbole de réussite anti-impérialiste qu’était devenu son pays, qui a aujourd’hui perdu sa souveraineté nationale ainsi que les infrastructures publiques qui y ont été érigées après des décennies de travail, un long travail réduit en ruines en quelques mois par la faute des bombardements barbares de l’OTAN et du Qatar, une autre monarchie.

Au nom du PCQ, je voudrais donc transmettre nos condoléances au peuple libyen pour toutes ses pertes, ainsi que pour la mort brutale et injuste de dizaines de milliers de libyens et de libyennes sur la base des mensonges de nos dirigeants et de nos médias hors de contrôle. La destruction des infrastructures de la Libye et la mise sous tutelle occidentale de son économie est une perte pour le peuple libyen, pour l’Afrique ainsi que pour toute l’Humanité.

– Gabriel Proulx, co-porte-parole du Parti communiste du Québec

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