Publié par : quebecsocialiste | 14 juin 2011

L’Inquisition

Une chasse aux sorcières, des accusations fondées sur des théories du complot abracadabrantes, le repli sur soi : voilà ce qu’il ne faut absolument pas faire pour venir à bout d’une crise interne dans un mouvement politique, un état ou une société. C’est pourtant exactement ce à quoi certains péquistes aveugles sont en train de se livrer ces jours-ci, en réaction à la tempête qui secoue le leadership de leur parti.

La semaine dernière, les députés Lisette Lapointe, Pierre Curzi, Louise Beaudoin et Jean-Martin Aussant, ont pris la décision de quitter leurs postes au Parti Québécois. Leur constat est sévère, mais reflète ceux de la population en général : élitisme du leadership et de son entourage, manque de cohérence dans les projets du parti, rejet du projet de pays aux calendes grecques, petite politique électoraliste agressive et douteuse, manque de démocratie à l’intérieur du parti… On pourrait ajouter à cela le manque flagrant de charisme de la cheffe, mais passons.

Depuis que la crise a éclaté au PQ, certains intervenants souverainistes de droite, tout en diabolisant Amir Khadir et Denis de Belleval, les accusant de faire parti d’un «complot fédéraliste» piloté par Desmarais et Charest, se sont abaissés au point de jeter leur frustration sur l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, qui est sans doute le dernier à blâmer pour les dérives actuelles des élites arrogantes du PQ. Voilà ce que l’on appelle une chasse aux sorcières.

Ce n’est certainement pas en se livrant à de telles démonstrations de hargne que les élitistes de l’entourage de Marois et ses admirateurs vont réussir à convaincre trois des quatre députés démissionnaires de revenir sur leur décision. Il est à noter que madame Lapointe s’est fait temporairement fermer la porte du parti, supposément à cause de ses «propos les plus durs» à l’endroit de Pauline Marois et du leadership du parti, une raison absurde quand on sait que le député Aussant a été le seul des quatre députés démissionnaires à exiger publiquement la démission de madame Marois, ce qui n’a pas empêché le PQ, dès le lendemain, de le supplier de revenir, presque à genoux. En réalité, il est fort probable que le simple fait d’être l’épouse de Jacques Parizeau soit aujourd’hui suffisant pour la rendre infréquentable chez l’entourage de Marois et les tenants de la thèse de la «gouvernance souverainiste». On peut critiquer le PQ, mais si tel est le cas, il devient alors triste de voir jusqu’à quel point ce parti, qui avait autrefois beaucoup d’assises populaires, aujourd’hui sombrer dans l’aveuglement et le sectarisme de clans…

«La goûte d’eau qui a fait déborder le vase» pour les députés PQ démissionnaires, c’est le projet de loi 204 visant à rendre intouchable l’accord Labeaume-Péladeau, une abomination antidémocratique que l’on croirait tout droit sorti du caucus du PLQ. Malheureusement, ce n’est pas d’un député libéral notoirement corrompu, mais bien d’une députée du PQ, Agnès Maltais, qu’a émané ce projet de loi impopulaire à l’odeur autoritaire. Qu’est-ce qu’il propose, en résumé, ce projet de loi 204 ? Rien de moins que l’interdiction pour tout citoyen de contester devant les tribunaux l’entente louche signée par le maire de Québec Régis Labeaume et le grand patron de l’empire médiatique fédéraliste qu’est Quebecor, Pierre Karl Péladeau (PKP). On parle ici du genre de politiques que l’on retrouve habituellement dans une république de bananes, où le bien commun et la fierté nationale sont jetés aux ordures pour faire des faveurs à la bourgeoisie locale et à leurs amis des multinationales étrangères. Il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre ce qu’il y a dans ce projet de loi, imposé sans consultation du caucus du parti, qui peut indisposer des députés honnêtes ayant à cœur la démocratie et la défense du bien commun.

L’entente serait claire, respectable et transparente, que le problème resterait entier : on ne peut pas, sauf dans des cas d’urgence où la sécurité du public et/ou de la nation elle-même est en péril, changer les lois en place pour court-circuiter les tribunaux et des droits fondamentaux des citoyens, dont la contestation judiciaire. Le «blindage juridique» d’une entente d’exploitation d’infrastructure publique (puisque payée par nos impôts) visant hypothétiquement le retour d’une équipe de hockey de la LNH à Québec ou dans une quelconques autre ville, quand bien même que cette réalité en déplaise à certains fanatiques, n’a rien à voir avec une urgence nationale.

En agissant de la sorte, le PQ se joint aux fédéralistes libéraux pour nous prouver que la fameuse séparation des trois pouvoirs étatiques, au Québec et au Canada, n’est qu’un mythe.

Certains à droite ont tenté de défendre ce «niaisage» du PQ en déclarant qu’il valait mieux s’assurer de remettre au plus vite le nouveau Colisée de Québec, avant même que les travaux de constructions n’aient débuté, entre les mains de «l’un des nôtres», cet «un des nôtres» n’étant nul autre que le tout puissant Pierre Karl Péladeau, magnat des médias, que certains naïfs considèrent comme «souverainiste»… En partant, on a un sérieux problème lorsque certains souverainistes considèrent à tort le patron de Quebecor, qui est aussi propriétaire des virulents médias francophobes de Sun Media, au Canada anglais, comme «l’un des nôtres».

«La mollesse»

L’expression «souverainiste mou» revient souvent dans les textes d’opinion ces derniers temps. On cherche les «mous», ou plutôt, les sorcières et les hérétiques, qui seraient supposés être responsables du chaos ambiant qui frappe le mouvement souverainiste depuis la débâcle électorale du 2 mai dernier. Dans ce contexte de paranoïa, certains en sont arrivés à des théories du complot abracadabrantes, dont certaines impliqueraient que les opposants à l’entente Québec-Quebecor et au projet de loi liberticide d’Agnès Maltais, seraient en fait tous des pions de Desmarais et de son empire médiatique, Gesca. Ce serait donc parmi les opposants au projet de loi 204 que seraient cachés les «mous» et les «pas bons» de l’heure.

Voici une autre vision de la «mollesse», un sujet que je peux me permettre d’aborder, étant donné que je me considère comme un indépendantiste pur et dur : pour certains souverainistes, Québec Solidaire serait peuplé de «souverainistes mous» parce que ses membres osent s’affirmer ouvertement de gauche et militent en faveur d’un projet de société progressiste et applicable à un Québec post indépendance. Donc, de ce point de vu, on peut considérer que réclamer autre chose que l’indépendance, dans l’immédiat, serait assimilable à de la «mollesse». En suivant cette logique, largement répandue à droite, cela signifierait que le PQ est tout aussi «mou» puisque ce dernier prône un modèle néolibéral hypocritement nommé «social-démocrate» pour le Québec.

Enfin, qu’en est-il de ces «souverainistes» de droite, qui poussent la mollesse jusqu’à placer la construction d’un amphithéâtre financé publiquement au prix fort pour la ville de Québec et le retour dans cette ville d’une équipe professionnelle de la belliqueuse LNH* devant les intérêts de la nation québécoise, de son indépendance et de sa démocratie?

*J’aime le hockey comme sport, je l’adore même, mais pas au point de faire la carpette devant les caprices des crétins arrogants à la tête de la LNH.

Conclusion

Le peuple québécois et particulièrement les habitants de la ville de Québec, sont en train de s’en «faire passer une vite» par Quebecor et la grande majorité de la classe politique québécoise, avec les fédéralistes qui rient dans leurs barbes derrière les rideaux, et voilà que nous nous battons encore entre nous! Plutôt que de penser à bâtir les ponts qui devront un jour servir à former une alliance électorale pour l’indépendance du Québec, la droite tire à boulets rouges sur le seul autre parti indépendantiste présent à l’Assemblée nationale, prétextant que Québec Solidaire ferait parti d’un quelconque «complot » fédéraliste pour diviser le vote souverainiste, alors qu’il est évident que le mouvement de droite de François Legault, la CAQ, devrait bien plus nous préoccuper. Les médias, de leur côté, ne se lassent pas de présenter à la une de leurs journaux et bulletins télévisés, la plus insignifiante déclaration confuse de Legault comme un évènement d’envergure historique!

Il est grand temps que cesse cette pathétique chasse aux sorcières parmi le camp souverainiste. La population en a assez et est influencée au quotidien par une féroce campagne de propagande cynique orchestrée au Québec par chaque maison de sondage et chaque média d’importance. Au fond, ce vers quoi les forces indépendantistes devraient se tourner aujourd’hui, ce devrait être un projet à la fois rassembleur et productif. De nouveaux efforts pour doter le Québec d’un média de masse véritablement indépendantiste, voilà un projet qui mériterait un appui unifié du mouvement indépendantiste. À long terme, rien n’est garant de meilleurs résultats que l’éducation populaire.

-Gabriel Proulx

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