Publié par : quebecsocialiste | 17 avril 2011

Retour sur le débat des chefs en français de jeudi dernier

Mercredi soir dernier avait lieu, dans le cadre des présentes élections fédérales, le débat des chefs en français. Voici un retour sur cet événement politique.

Tout d’abord, un bref commentaire sur les fameuses priorités de Stephen Harper et du clan conservateur canadien : l’économie, la stabilité et «la loi et l’ordre». Il est à noter que ce sont là exactement les mêmes priorités classiques utilisées comme excuses par des dictateurs pour se maintenir au pouvoir, comme au Moyen-Orient par exemple. Par contre, à ce stade, en 2011, plus personne ne devrait être surpris par le dédain de Stephen Harper et des conservateurs pour la démocratie. Le G20 de Toronto organisé l’année dernière et toute la répression qui l’a accompagné sont des preuves irréfutables d’un état policier dormant au Canada.

Sur le débat maintenant : il est à noter une nouvelle fois que Harper n’aime pas l’exercice de la démocratie. La nouvelle preuve? Il déteste les débats et autres échanges d’idées. Pour lui, les débats au parlement se résumeraient à de vulgaires «politicailleries», une manière de continuer d’inspirer chez la population le cynisme, qu’il espère, lui permettra de former un gouvernement majoritaire. Pour lui, déclencher des élections sur la base qu’il a ouvertement menti à l’opposition et à la population, c’est un «gaspillage d’argent alors que la priorité des canadiens, c’est l’économie et la stabilité». Quelle étude a prouvé cette affirmation, au juste? Aucune. Harper a également étalé son problème avec la démocratie en présentant les élections en soit comme un problème (traduction : Harper préfèrerait ne plus avoir à demander l’avis de la population, c’est-à-dire diriger comme dans le «bon vieux temps», comme un dictateur). Sans doute la meilleure preuve de son dédain du débat a été sa propre performance, autant en français qu’en anglais : ne répondant presque jamais à ses interlocuteurs, Harper s’en est tenu à des réponses toutes prêtes et visiblement apprises par cœur avant le débat. Un robot n’aurait pas fait pire. En fait, c’est plutôt à une machine, à une enregistreuse, que les chefs de l’opposition semblaient s’adresser. En toute logique, cette performance devrait servir d’argument pour ne plus communiquer aux chefs les thèmes et questions avant les débats, à l’avenir.

En parlant de règles à réviser pour l’avenir, il devient évident que le consortium des médias ne devrait plus être responsable des débats des chefs. Leur biais idéologique les a d’abord poussé à exclure le Parti Vert des débats, mais le pire était encore à venir : la sélection des thèmes et questions.

Pour ce qui est des questions, les auditeurs du débat en français ont signifié un peu partout sur internet leur agacement devant la constatation que les questions sélectionnées n’étaient posées que par des personnes âgées de plus de 50 ans. Après ça, médias et politiciens continueront de pleurer des larmes de crocodiles sur l’absentéisme écrasant des jeunes, particulièrement la tranche de la population âgée entre 18 et 34 ans… Les minorités culturelles, elles aussi, étaient complètement absentes du tableau.

Dans le cas des thèmes choisis, la situation était encore pire : le thème fort important qu’est l’environnement a été laissé de côté, tout comme l’ont été ceux de l’éthique et des dépenses gouvernementales. On aurait également pu parler de l’immigration, pour plusieurs raisons, comme le fait que les conservateurs jouent beaucoup avec ce thème depuis le début de la campagne pour salir leurs opposants sur des bases aussi mensongères que moralement inacceptables. Mettre ce thème à l’ordre du jour aurait permis à l’opposition de répondre aux diatribes conservatrices présentées à la population dans des publicités rétrogrades dont la diffusion a commencé avant même le début de la campagne. Il aurait également été d’un humanisme élémentaire que de permettre aux chefs de l’opposition de questionner le chef conservateur sur les raisons qui poussent son ministre de l’immigration, Jason Kenney, à vouloir expulser du Canada la famille Barlagne, cette famille française bien intégrée au Québec depuis plusieurs années, mais qui pourrait bientôt être expulsée par le gouvernement canadien sous le prétexte honteux que leur fille de 8 ans, qui est atteinte de paralysie cérébrale légère, constituerait un «fardeau excessif» pour le Canada!

Ces raisons font que les débats de cette année étaient assez médiocres en contenu…

Sur les performances générales du débat francophone, Gilles Duceppe a été dominant, comme d’habitude, alors Jack Layton a bien fait, démontrant non seulement de bonnes idées, mais aussi qu’il est le chef anglophone qui maîtrise le mieux le français. Ignatieff et Harper, de leur côté, ont été tout simplement pitoyables; Ignatieff bredouillant ses discours fédéralistes réchauffés et Harper ayant démontré autant de charisme que les messages enregistrés que l’on reçoit parfois sur nos téléphones.

Quelques bonnes choses à souligner pendant ce débat auront été l’absence de réponses convaincantes des partis fédéralistes aux préoccupations du Québec sur son statut politique, ainsi que l’affirmation du fait que les baisses d’impôts pour les entreprises et les plus riches n’ont jamais prouvé leur efficacité supposée dans la création d’emploi. La situation aux États-Unis, la source d’inspiration des conservateurs, est là pour le prouver : au lieu de «créer de l’emploi» comme le voudraient les républicains et leur pensée magique libertarienne, les patrons des grandes entreprises préfèrent s’accorder des «bonus» de plus en plus démesurés pendant qu’ils mettent leurs employés à la porte pour maximiser leurs profits. Il était rafraichissant de voir ces faits être portés à l’attention du public lors de ce débat.

Enfin, tout en rappelant que le 2 mai prochain, nous devons voter pour le Bloc Québécois afin de bloquer les conservateurs au Québec et ainsi contribuer à priver ce gouvernement rétrograde d’une majorité qui serait dévastatrice pour le Québec et pour les droits humains des canadiennes et des canadiens en général, il faut également souligner que sur tous les dossiers énumérés plus haut, c’est bien le Canada qui bloque le Québec dans son progrès. L’indépendance, seule solution!

-Gabriel Proulx

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Responses

  1. Voter Bloc sans être réellement critique!? C’est n’importe quoi, bye lutte des classes, bonjour militer dans un parti petit bourgeois…

    Max.

    • Je n’ai jamais dit qu’on ne pouvait pas être critique du Bloc. Bien au contraire, les débats et les critiques font parti de la démocratie. Vous me faites ici un procès d’intention, quelque chose que j’ai plutôt l’habitude de voir chez la droite.

      Ce que je trouve triste avec la gauche fédéraliste, c’est ce sectarisme qui la conduit à s’isoler des autres mouvements militants québécois sous prétexte qu’ils visent d’abord l’indépendance de notre nation, sans jamais réaliser que l’indépendance du Québec serait incontestablement un gros + pour la gauche et la classe ouvrière, dont des franges importantes ne seraient alors plus loyales par défaut à la «coalition» qu’était censé être le PQ à l’origine. En plus, il y a fort à parier que le parti libéral ne s’en remettrait pas.

      Avec la lutte à finir qu’est l’indépendance du peuple québécois d’un côté et la tendance de plus en plus réactionnaire du Canada anglais (inspiré des USA) de l’autre, ce n’est pas pour demain qu’on verra naître un véritable mouvement socialiste de masse au Québec, du moins tant que certains chialeront en attendant dans leur coin que le reste du Canada (ROC) veuille bien évoluer et arrêter de nuire à nos projets progressistes.

      Enfin, j’aimerais bien que vous m’éclairiez en me disant comment vous prévoyez abolir la monarchie et accoucher d’un mode de scrutin digne du 21e siècle au Québec, tout en demeurant dans le pays du statu quo (la fédération/monarchie constitutionnelle canadienne) qui nous impose de force une constitution, signée de la main d’une monarque, que nous n’avons jamais signé.

      -Gabriel

  2. Je m’excuse, mais j’ai été lire sur le site de votre Parti communiste. Et sur ce site vous critiquez aucunement le Bloc au contraire des élections précédentes vous l’appuyez et même vous inviter vos membres a vous impliquer dans ce parti petit bourgeois!

    C’est pas mal différent qu’appuyer le PCCML (comme vous avez fait dans le passé) et de dire par défaut d’appuyer le Bloc quand il n’y a aucun candidat. Et sur la question nationale le PCCML appuie la souveraineté du Québec. Et le Parti communiste canadien a pris position réssament a ce propos dans le People’s Voice en disant qu’il appuie le droit a l’autodétermination y compris la séparation mais ne croit pas a l’indépendance dans un temps rapproché.

    C’est pas rien, votre stratégie est exactement la même stratégie que le PC Américain vis a vis le Parti démocrate.

    Pour finir, je crois que l’indépendance peut être un moyen efficace pour abolir la monarchie, mais c’est pas l’ultime moyen, et surtout pas en appuyant inconditionnellement le bloc sans regarder la gauche canadienne qui existe. Il faut que les communistes Québécois arrête de penser que tout ce fera juste au Québec et qu’il s’organise avec les prolétaires canadiens via les partis et organisations existantes pour bâtir un parti révolutionnaire pan-canadien. C’est ça une vision marxiste.

    Max

    • Moi aussi, «je m’excuse», mais votre commentaire est mensonger et démagogique.

      Voici un extrait de la récente déclaration du PCQ où nous avons annoncé notre appui au Bloc Québécois pour bloquer les conservateurs au Québec à l’occasion des présentes élections :

      «Le fait d’appuyer ainsi, de manière globale, le Bloc Québécois, ne veut pas dire que nous ne sommes pas en même temps critiques face à certaines positions de ce parti. Ses récentes prises de positions pour réclamer que le Québec puisse avoir sa « juste part » des contrats militaires, sont un exemple de déclarations qui doivent être condamnées. Il aurait plutôt fallu mettre de l’avant un programme d’aide en vue de favoriser au Québec la reconversion de nos industries militaires, une position qui fait déjà consensus au sein de très larges segments des milieux progressistes et de gauche au Québec.»

      Voici bien une critique contre le Bloc qui a été formulée dans le même texte qui appelle nos membres et sympathisant à voter pour le Bloc à l’occasion des présentes élections. Voilà qui dispose de votre affirmation selon laquelle nous ne critiquerions aucunement le Bloc.

      Bien entendu, depuis la parution de ce texte, Gilles Duceppe a fait une erreur assez importante que nous n’avons pas eu le temps d’adresser, soit sa déclaration selon laquelle le Parti conservateur «n’est pas un parti d’extrême droite, mais plutôt un parti de droite populiste», une affirmation maladroite du chef bloquiste qui ne pourrait effectivement s’expliquer que par sa peur de s’aliéner les électorats des régions de Québec et du Saguenay. Il a fait la même erreur dans le cas d’André Arthur, le «député indépendant» fasciste de Portneuf, qui est à ce point dérangé et réactionnaire que les conservateurs l’appuient, mais ne veulent pas de lui sous leur bannière.

      Cette déclaration électoraliste de Gilles Duceppe s’inscrivait dans une logique de langue de bois, étant donné que «droite populiste» est également le terme utilisé par les européens pour désigner leurs propres partis d’extrême droite.

      Sur votre commentaire sur le PCCML, je répondrai que je ne vote pour aucun parti fédéral pour la même raison que certains communistes en Europe boycottent les élections à l’échelle de l’Union Européenne parce que cette institution est fondamentalement une création bourgeoise, impérialiste et antidémocratique. Aussi, je ne vote pour aucun parti canadien pour la même raison qu’un communiste belge ne vote pas pour le Parti communiste français, par exemple, parce qu’il ne s’agit pas du même pays. Le Canada n’est pas mon pays, mais plutôt la puissance étrangère qui occupe mon pays, le Québec. Je souhaite bonne chance au PCCML dans son pays, le Canada.

      Le Parti communiste canadien, de son côté, a fait preuve de la même hypocrisie durant toute son histoire : il reconnaît le droit à l’autodétermination du Québec (parce que le droit à l’autodétermination des peuples était reconnu comme un droit universel par Marx) et après, lorsque des camarades québécois demandaient la permission à Toronto pour appuyer l’indépendance du Québec, les «camarades» de Toronto les rejetaient et envoyaient des hommes de confiance fédéralistes noyauter les instances dirigeantes du PCQ pour «mettre de l’ordre» dans «sa section québécoise». Certaines périodes ont même été marquées par de l’intimidation faite par des membres fédéralistes à l’endroit de membres indépendantistes. C’est pour défendre nos principes de liberté et d’égalité entre les peuples que le PCQ a été forcé de quitter le PCC en 2005.

      Henri Gagnon, un leader historique du PCQ dans les années 40, avait été expulsé du parti par la direction de Toronto pour son support à l’indépendance du Québec.

      Votre argument sur le PCUSA et le «Parti démocrate» de ce pays (qui n’est en fait que la deuxième moitié, ou «l’aile modérée» du parti unique de l’oligarchie aux États-Unis) ne tient pas la route. Une position similaire au Québec serait l’appui au PQ, un parti bourgeois que le PCQ ne supporte aucunement. Aux États-Unis, la seule solution restante commence à ressembler à la lutte armée. Heureusement qu’au Québec, il nous reste encore d’autres alternatives.

      Pour le reste, la gauche plus orthodoxe, traditionnellement fédéraliste, traite aussi souvent les syndicats de «petits bourgeois», terme que je considère comme un fourre-tout paresseux pour définir tout ce qui n’est pas bourgeois, mais qui déplait à ceux qui sont atteint de la maladie infantile du communisme, le gauchisme (allez lire un peu de Lénine sur ce sujet : il avait vu les problèmes arriver avant le temps). De telles accusations constantes de «petite bourgeoisie» ont pour effet de s’aliéner la base du prolétariat, ceux que nous sommes censés défendre.

      Personnellement, je n’ai aucune honte à supporter le candidat du Bloc dans ma circonscription, monsieur Luc Desnoyers, un ancien syndicaliste qui est proche des travailleurs et des travailleuses dans ma région.

      Pour finir, l’indépendance est le seul moyen de réparer l’injustice historique dont a été victime le prolétariat québécois. Le souvenir douloureux de notre passé de peuple colonisé pourrait même conduire à terme à plus de droits pour les peuples autochtones, qui vivent aujourd’hui dans la misère, dans l’indifférence du gouvernement fédéral colonialiste du Canada. Le prolétariat canadien, lui, devra faire son propre bout de chemin pendant un temps. Le prolétariat québécois en a plus qu’assez de voir son chemin vers le progrès être bloqué par le patronat, aidé en cela par les fédéralistes et les gouvernements les plus réactionnaires, mis au pouvoir un à la suite de l’autre par le reste du Canada.

      Chaque peuple a droit à son autodétermination. Ça aussi, c’est une vision marxiste.


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