Publié par : quebecsocialiste | 26 mars 2011

Séisme, tsunami, nucléaire… un triple choc pour le Japon

L’Humanité, France, le 17 mars 2011

Hidekatsu Yoshii : « Séisme, tsunami, nucléaire… un triple choc pour le Japon »

Député communiste japonais, en charge du dossier nucléaire au sein du Parti communiste japonais (PCJ), Hidekatsu Yoshii estime que l’arrogance du groupe privé Tepco a aggravé l’impréparation face à la catastrophe naturelle.

Quel est, à ce jour, le bilan du séisme et du tsunami ?

Hidekatsu Yoshii. Au niveau géographique, 20 % du territoire national a subi l’impact de la catastrophe. Près de 520 000 personnes ont été évacuées. Le nombre de morts et de disparus est évalué, pour l’heure, à plus de 11 500.

Le gouvernement japonais a-t-il réagi assez vite et de manière appropriée ?

Hidekatsu Yoshii. La mobilisation des autorités n’est pas du tout à la hauteur des attentes de la population. Ni Tepco, la compagnie d’électricité qui exploite les centrales de Fukushima, ni le gouvernement n’avaient imaginé un scénario si catastrophique. Ils n’étaient pas du tout préparés à une telle situation. Tepco se disait convaincue que ses centrales nucléaires étaient sûres à 100 %. Cette multinationale vivait dans le mythe d’une sécurité absolue. Cette arrogance a aggravé l’impréparation face à la catastrophe naturelle.

Comment évaluez-vous la gravité de cette catastrophe nucléaire ? La comparaison avec Tchernobyl est-elle pertinente ?

Hidekatsu Yoshii. Après ce séisme de magnitude 9, toutes les installations nucléaires ont cessé de fonctionner. Les réacteurs se sont arrêtés automatiquement. Mais après cela, les problèmes ont commencé, surtout sur le site de Fukushima Daiichi, qui pose aujourd’hui problème. Seuls les réacteurs 1, 2 et 3 étaient en service lorsqu’est survenu le séisme. Les réacteurs 4, 5 et 6 étaient en cours de maintenance. Mais même à l’arrêt, les barres de combustible nucléaire continuent à diffuser de la chaleur. Dans ce cas-là, si l’on ne fait rien, la température monte, avec un danger de fusion du noyau du réacteur. On ne peut pas se passer de système de refroidissement. Or le séisme a dégradé la pompe qui alimente la centrale en eau de refroidissement. Quant au circuit de secours, il a été mis hors d’usage par le tsunami. Le moteur de secours s’est arrêté, stoppant le système secondaire d’injection d’eau de refroidissement. Par conséquent, la barre de combustible, sortie de l’eau, s’est échauffée, faisant monter la pression. La technologie utilisée à Fukushima est très différente de celle de Tchernobyl. Mais laissée en l’état, les barres de combustible en fusion dans le cœur du réacteur peuvent déclencher des conséquences incalculables.

Le séisme et le tsunami peuvent-ils, seuls, expliquer cette catastrophe nucléaire ? La responsabilité de l’exploitant est-elle en cause ?

Hidekatsu Yoshii. D’un point de vue géographique et géologique, nous avons l’expérience des tremblements de terre. Dès lors, se pose la question de la pertinence de la construction de centrales nucléaires au Japon. Tepco, comme le gouvernement japonais, se disaient convaincus de la supériorité de la technologie utilisée. Ensemble, ils ont entretenu le mythe de la sûreté nucléaire japonaise. Le Parti communiste japonais (PCJ), au contraire, a toujours mis en garde contre la menace de séisme et contre ses possibles conséquences en termes de sûreté nucléaire. Face à cet argument, Tepco et le gouvernement japonais ont toujours fait valoir que des systèmes de secours existaient. Mais sous la pression du tsunami, tous les verrous ont sauté. C’est toute une chaîne de défaillances qui a mené à cet accident nucléaire.

Tepco a un long passé de dissimulation des incidents nucléaires. Cette multinationale a-t-elle fait passer le profit avant la sécurité ?

Hidekatsu Yoshii. Tepco n’a réagi que très tardivement au dernier accident nucléaire survenu en 1999 dans un réacteur de Tokai-Mura, sans doute pour protéger certains secrets. Cette culture du secret entourant la filière électronucléaire, cette opacité se sont aggravées depuis le 11 septembre 2001 au nom de la «  lutte antiterroriste  ». Tepco a tardé à nous délivrer des informations. Lorsque la pression est montée à l’intérieur du réacteur, ce qui nécessitait des rejets de vapeurs radioactives, ils n’ont rien dit et rien fait dans un premier temps, craignant qu’une radioactivité anormale ne soit détectée. C’est la raison pour laquelle ils ont laissé la vapeur s’accumuler dans la centrale jusqu’à un seuil limite. Voilà ce qui a provoqué les explosions. Dès le début, Tepco a tenté de dissimuler les dysfonctionnements des systèmes de refroidissement. Deuxième problème, la compagnie a d’abord hésité à injecter de l’eau de mer pour refroidir le combustible, par crainte de le rendre inutilisable. Toutes les dérives et les silences de Tepco s’expliquent par sa hantise de la rentabilité. À chaque incident, à chaque accident, ils ont menti à la population. Mais cette fois-ci, il n’y a pas d’échappatoire possible. La responsabilité de cette entreprise est directement mise en cause.

À ce stade, quelles peuvent être les conséquences sur les populations et sur l’environnement ?

Hidekatsu Yoshii. Séisme, tsunami, catastrophe nucléaire… des communautés humaines sont aujourd’hui confrontées à un triple choc. Nous avons l’expérience d’Hiroshima et de Nagasaki. Nous connaissons l’impact dramatique des radiations sur les êtres humains, sur la nature, sur l’agriculture. Pour toutes ces raisons, le PCJ prône une sortie progressive du nucléaire, avec un investissement massif dans les énergies renouvelables.

Comment le Japon peut-il se relever d’un tel cataclysme ? De quelle solidarité internationale a-t-il besoin ?

Hidekatsu Yoshii. Il faudra aider des centaines de milliers de personnes, qui ont tout perdu, à reconstruire leur vie. Déjà, la communauté internationale fait preuve d’une grande solidarité, avec l’envoi d’équipes de sauveteurs et d’équipes médicales. Nous en sommes très reconnaissants. Il nous faudra ensuite reconstruire l’économie japonaise sur de nouvelles bases, avec de nouvelles politiques énergétiques, en mettant sous contrôle ces multinationales qui agissent n’importe comment au nom de la rentabilité maximale.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui.

Traduction Kenzo Fukuma

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