Publié par : quebecsocialiste | 18 mars 2011

Libye: l’hypocrite nouvelle croisade «libératrice» de l’Occident

(L’armée fasciste saoudienne envahit Bahreïn, le 14 mars 2011)

Aujourd’hui, l’antidémocratique Conseil de Sécurité de l’ONU a voté en faveur d’une «zone d’exclusion aérienne» contre la Libye. La résolution adoptée donne également la possibilité de bombarder la Libye pour soutenir la bande des monarchistes de Benghazi, qui, si jamais ils réussissaient à renverser Kadhafi et à prendre le pouvoir, ne feraient que remplacer un tyran par un autre, étant donné que les actuels dirigeants de Benghazi ne sont en fait que des anciens alliés de Kadhafi s’étant ralliés à l’Occident et aux monarchies arabes. Une nouvelle guerre pour le pétrole vient de débuter… Pendant que le monde regarde ailleurs et que la France et la Grande-Bretagne se font joyeusement la course pour savoir qui va bombarder la Libye en premier, les monarchies arabes massacrent leurs peuples dans l’impunité la plus totale.

À Bahreïn, le Conseil de coopération du Golfe, dirigé par l’Arabie-Saoudite et comprenant les 5 autres monarchies de la péninsule arabe (les Émirats Arabes-Unis, le sultanat d’Oman, le Qatar, le Koweit et Bahreïn), toutes d’horribles dictatures qui feraient passer la dictature religieuse iranienne pour une championne des droits humains, a procédé, lundi le 14 mars dernier, à l’occupation militaire du Bahreïn, où une forte contestation pacifique de la population chiite (majoritaire à 70% dans ce petit pays d’environ 700 000 habitants, mais gardée socialement inférieure par la monarchie sunnite des al-Khalifa), une contestation qui a débuté avec de simples demandes pour une vie plus digne, mais qui s’est rapidement transformée en mouvement populaire de désobéissance civile réclamant l’abolition de la monarchie anachronique au pouvoir au Bahreïn depuis 230 ans. Le mouvement pacifique de résistance populaire a grandement déstabilisé le pouvoir du roi, qui est allé réclamer les conseils et l’aide de ses voisins les Al-Saud, la famille régnante d’Arabie-Saoudite, pour réprimer «son» peuple.

C’est ainsi que le 14 mars au soir, 1000 soldats saoudiens et 500 policiers des Émirats Arabes-Unis sont arrivés à Bahreïn, avec comme seul et unique but d’écraser la révolte populaire avant que ses idées ne se propagent aux populations des monarchies absolues voisines. En Amérique du Nord, les grands médias capitalistes n’ont pratiquement pas abordé cet évènement, préférant nous parler uniquement, au niveau international, de la Libye et de la catastrophe au Japon.

La culpabilité et l’hypocrisie de l’Occident dans cette affaire :

Nicholas Sarkozy et le roi Abdallah d’Arabie-Saoudite

Le gouvernement français de Nicholas Sarkozy, qui fait battre les tambours de la guerre contre la Libye de Kadhafi depuis que les rebelles ont commencé à perdre du terrain, devrait garder sa rhétorique moraliste démagogue pour lui-même, si seulement il se souciait d’être conséquent. Ainsi, le même gouvernement français impérialiste qui se prépare, avec la Grande-Bretagne et les États-Unis (ainsi que les valets conservateurs du gouvernement du Canada), à envoyer chasseurs et bombardiers à l’assaut de la Libye, ce même gouvernement français fournit matériel de répression et soutien technique aux policiers anti-émeute de la monarchie du Bahreïn pour y réprimer la population courageuse qui manifeste en ce moment pour la démocratie dans leur pays. On parle d’assistance à des meurtriers ici. De leur côté, les États-Unis possèdent au Bahreïn une grande base navale militaire qui sert de quartier général pour leur Ve (5e) flotte de guerre. Ils n’ont donc pas intérêt à voir leur valet, le roi du Bahreïn, se faire remplacer par (horreur!) un pouvoir démocratique populaire.

Si l’Occident voulait vraiment intervenir pour «protéger la population» parce que, selon les mots du président Obama, «Le peuple libyen mérite d’être protégé», alors à quand une intervention en Colombie, où la situation des droits de l’homme est bien plus grave encore qu’en Libye? Faut-il en conclure que certains peuples «méritent» d’être protégés, alors que d’autres, soit ceux qui doivent endurer nos «dictatures amies», ne le méritent pas? Les (plusieurs) milliers de morts en Colombie dans les 10 dernières années, les syndicalistes et les opposants politique assassinés par les escadrons de la mort à la solde du gouvernement d’extrême droite d’Uribe hier, puis de Santos aujourd’hui, ou encore les défenseurs des droits de l’homme ou les poètes qui sont jeté(e)s en prison sans procès juste et torturé(e)s pour avoir révélé au monde l’existence d’un charnier de 2000 cadavres, victimes des exactions du gouvernement contre la population paysanne… Devons-nous conclure qu’aider ces victimes innocentes de l’injustice fasciste en Colombie est moins important que de voler au secours des monarchistes de Benghazi!?

En regardant la situation régionale dans son ensemble, on parvient à distinguer le jeu géostratégique pervers qui se déroule en ce moment derrière les rideaux: à Benghazi, en Libye, la révolte populaire a été détournée et corrompue par les monarchistes et les ex-alliés de Kadhafi, qui sont en partie armés et financés par l’Arabie-Saoudite, qui aimerait bien voir une monarchie docile être réinstallée en Libye, où les rebelles se pavanent depuis des semaines avec le drapeau du roi Idris 1er, ancienne marionnette des français et des britanniques, renversé le 1er septembre 1969 par le coup-d’état de Kadhafi. La rébellion anti-Kadhafi est soutenue diplomatiquement (et maintenant militairement) par les états impérialistes occidentaux, qui gardent un silence complice sur la répression sanglante qui sévit dans la péninsule arabique, quand ils n’y participent pas carrément. Au Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, le dictateur Ali Abdullah Saleh a compris le message: «Aucune sanction ni action punitive ne vous sera imposée si vous entretenez de bonnes relations avec les États-Unis et l’Arabie-Saoudite.» La police de Saleh tire maintenant à balles réelles sur les manifestants pacifiques, sans s’attirer autre chose que quelques formules de condamnation molles de la part de Washington, alors que Paris et Londres n’ont rien à dire sur le sujet.

En conséquence, l’inaction et le silence des mêmes états qui se préparent à frapper la Libye (pour des motifs stratégiques et aucunement humanitaires, malgré ce qu’en disent les états concernés et les propagandistes des grands médias) les rend responsables de ce triste bilan: une cinquantaine de morts et des centaines de blessés au Yémen, dans les dernières 24 heures seulement, et un nombre incertain de victimes au Bahreïn, où l’état d’urgence de 3 mois décrété par le roi a retiré le peu de liberté qui restait au peuple, le rendant sans défense devant la répression brutale orchestrée par l’Arabie-Saoudite et sans nul doute autorisée par Washington. La répression est aveugle et frappe des peuples entiers. L’indignation occidentale, elle, comme d’habitude, est sélective…

-Gabriel Proulx

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