Publié par : quebecsocialiste | 3 mars 2011

À propos de François Legault

Réflexions sur Legault : la droite se divisera le vote encore plus

-par Guy Roy

En plus d’embrouiller davantage les contradictions dans le discours de la droite, la proposition de Legault, si elle amène la création d’un nouveau parti, divisera encore le vote de la droite dans un électorat beaucoup plus rébarbatif à soutenir des options dont les objectifs restent timides et manquant d’audace quand elles n’appellent pas carrément à de nouvelles compressions.

Renoncer à l’indépendance, toujours rendue nécessaire par les tentatives des fédéralistes de regagner le Québec, c’est manifestement esquiver une des causes profondes du mécontentement au Québec. La droite radicale a beau traiter toute la nation comme une vulgaire « province de BS » au Canada à cause de la péréquation, elle ne parviendra pas à faire oublier que le Canada est un pays profondément inégalitaire et injuste marqué par un écart de richesse énorme digne d’un régime monarchique. Les tentatives de réduire ces différences de moyens financiers par la péréquation ne réussissent pas à en venir à bout. Et les insultes et le mépris de l’extrême-droite ne tiendront jamais lieu d’argumentaire politique, n’en déplaise à M. Duhaime.

La droite incarnée par Legault semble plus habile. Qui peut être contre des investissements en éducation ? Et contre l’augmentation du niveau de vie des professeurs ? Pourquoi s’arrêter à mi-chemin et ne pas offrir la gratuité scolaire à tous les niveaux ? Voilà donc encore un projet politique qui ressemble à une voie d’évitement pour faire diversion sur un projet ambitieux qui répondrait aux vrais besoins d’un Québec moderne.

Le préalable à n’importe quelle solution pour l’avenir est quelle ne devienne pas une fuite en avant. Elle doit s’ancrer dans une proposition qui tienne impérativement compte des problèmes du présent. Quelle autre avenue envisageable pour l’éducation que la gratuité complète ? Malgré ce qu’en dit Facal, ce secteur ne sert pas seulement les bien-nantis. Si L’État prend en charge l’éducation du plus grand nombre, cela se répercutera en avancées pour tout le Québec. On a déjà taxé « l’école d’être au service de la classe dominante ». Il est pour le moins paradoxale de voir la droite décomplexée se servir d’une vielle analyse dépassée pour combattre l’accès la plus large à l’éducation.

La proposition de Legault reste insatisfaisante. Il n’est pas inutile de renouveler notre confiance dans le corps enseignant. Mais qu’advient-il des solutions au décrochage ? Ne faut-il pas accorder aux institutions plus que des bulletins d’évaluation pour encourager une jeunesse, à qui on propose une forme de salariat de seconde classe, à ne pas abandonner quand le choix devient trop difficile entre la société de consommation et un avenir encore trop précaire pour être sur qu’il soit meilleur. Si on veut bien revaloriser le rôle du maître d’école, aura-t-il les instruments et les moyens d’offrir cet avenir dont plus personne ne veut se porter garant (sauf sous forme de promesses électorales jamais tenues) parce qu’on veut intentionnellement garder l’insécurité pour les salariés et stimuler d’un autre côté la sécurité des entrepreneurs ?

L’avenir des travailleurs, qui sont mis dramatiquement en compétition les uns envers les autres par la mondialisation néolibérale (les fermetures d’usines le montre bien), ne soulève pas beaucoup d’intérêt chez les partis traditionnels sauf quand il s’agit de les soumettre encore plus au patronat qui continue de dicter ses exigences auprès de l’État par le biais des gens autour de Legault.

La formidable « découverte » de Legault sur l’instruction générale cache mal son ambition d’accéder au pouvoir grâce aux mêmes stratégies néolibérales que ses adversaires de droite. Il les maquille sous le vernis d’un encouragement à l’éducation que n’importe quel bon père de famille ouvrier transmet à ses enfants quand il en a les moyens.

De plus, en voulant équilibrer le budget de « façon crédible » auprès des agences de cotation, ne risque-t-il pas de manquer des moyens de ses ambitions et de devoir gouverner exactement à la manière de Charest au côté des entrepreneurs ?

Mais heureusement, le choix d’une social-démocratie à l’ancienne se heurtera aux sociaux démocrates plus honnêtes qui aspirent maintenant à renouveler ce courant politique toujours marqué par les ambivalences gauche-droite. Perdureront donc devant nous deux stratégies d’accession au pouvoir qui sont bien timides toutes les deux, mais dont l’une, naissante autour de Québec solidaire, n’entretient plus d’illusion sur le mode libéral de gouverner.

Somme toute, Legault attire l’attention sur des problèmes réels, mais il ne s’éloigne pas de l’option néolibérale parce que son projet pour le Québec, si nous savons en débusquer les objectifs toujours soumis aux aléas de ce que le Canada propose pour notre nation, ne contribuera paradoxalement qu’à « mettre le Québec en marche » … dans la rue !

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