Publié par : quebecsocialiste | 27 juillet 2010

Article sur les « prisonniers politiques » (mercenaires) cubains

Les prisonniers, pour qui sont-ils utiles? (La Isla Desconocida)

Enrique Ubieta Gomez

26 juillet 2010

C’est maintenant que le problème se pose. Les ex-prisonniers débarquent à Madrid. Pendant quelques jours, la presse est là et les accueille. Avec un peu de chance, ils vont commencer à vivre de leur travail et non de leur activité subversive qui était très bien rémunérée. Il se peut que l’un d’eux parvienne à décrocher une place dans la guerre du cyberespace. Mais ce n’est pas facile, comment nous disons, nous, les Cubains, en pleine crise. Je ne sais pas combien vont leur rapporter les commentaires (les diatribes offensantes ou menaçantes qu’ils lancent contre les blogs d’auteurs révolutionnaires), mais si on ne les publie pas, ils ne sont pas payés. Peu à peu, on les oubliera. Ils ne sont plus utiles. C’est-à-dire qu’ils ne sont désormais plus utiles aux yeux de leur ancien promoteur, l’impérialisme nord-américain.

L’équation est simple : un contre-révolutionnaire dans les rues de La Havane a une valeur, mais pas beaucoup. Il n’influence personne. Ceux qui allongent le fric les aiment mieux en prison ou en grève de la faim. De préférence moribonds ou morts. Combien d’histoires fumeuses d’arrestations musclées et de matraquages publics qui n’ont duré qu’une quinzaine de minutes chrono, qui n’ont eu aucun témoin oculaire et qui n’ont laissé aucun bleu sur sa peau Yoani n’a-t-elle pas dû s’inventer pour pouvoir suppléer le manque chronique de spectacularité ou d’héroïsme qui est la tare de sa « dissidence » cyberspatiale ? Sur quel scénario faudra-t-il monter la prochaine campagne médiatique ? Fariñas devra prendre quelques jours de vacances avant de lancer sa énième grève de la faim – numéro 25 ou 26, je ne sais plus. Et il lui faudra trouver un bon prétexte. Mais voici les « Dames en Blanc » sans disc-jockey. Sans objet social, selon le vocabulaire bureaucratique de l’emploimanie.

Dans la nervosité triomphaliste ambiante commence à poindre le découragement. Les exigences des multinationales de l’information et des politiciens métropolitains revêtaient les oripeaux de causes humanitaires, mais l’objectif n’était pas de libérer les mercenaires, mais bien d’empêcher — en usant du chantage — d’aboutir à ce résultat. Ce qu’ils voulaient — ce qu’ils veulent — c’est vaincre la révolution. Et un mercenaire prisonnier a bien plus de valeur que cinq mercenaires dans la rue et que dix autres en Espagne. Il ne s’est rien passé, disent-ils maintenant. Raul Rivero dont la plume de poète se nourrit des finances de la droite hispano-nord-américaine (je fais référence à la droite PP et non à la droite-PSOE) affirme, selon l’agence EFE, que la libération a été une décision unilatérale du gouvernement cubain et qu’elle n’est pas due aux conversations qui ont eu lieu entre les autorités cubaines et le gouvernement espagnol et l’Église Catholique, une sorte de marché de dupes, en somme. Le PP essaye de prolonger autant que possible le show médiatique des ex-prisonniers sur le sol espagnol avec des escarmouches anti-PSOE.

La révolution cubaine sait discuter sur n’importe quel sujet et d’égal à égal. Si le gouvernement d’Obama voulait le faire, il ne rencontrerait pas le moindre obstacle. Pourtant, l’escalade subversive ne connaît pas de répit. L’USAID vient d’allouer, le 18 juin dernier, 3 650 000 dollars pour le financement des programmes et des réseaux subversifs à Cuba : 500 000 dollars pour ce qu’ils appellent « les prisonniers politiques » et leurs familles ; 1 500 000 pour créer des espaces de « liberté d’expression » (nord-américaine,) à Cuba ; 500 000 pour créer ou consolider les groupes religieux et spirituels alignés sur Washington ; 500 000 pour la promotion de syndicats privés ; etc. Cet argent s’ajoute aux 15 millions de dollars récemment débloqués du programme « Cuba » de l’USAID. Recevoir de l’argent d’un gouvernement étranger pour subvertir explicitement l’ordre dans votre propre pays, n’est-ce pas un acte exécrable et qui mérite sanction ? Les lois des pays européens et des États-Unis condamnent à de lourdes peines les coupables d’un tel délit. Personne ne le leur reproche. Qui appellerait « prisonniers politiques » de tels condamnés aux États-Unis ou en Europe ?

Rien n’a changé si la révolution ne s’écroule pas. Et les vieux mercenaires sont hors d’usage. Désormais, ils ne sont plus que bouches affamées qui errent dans Madrid. Il faut leur chercher des remplaçants. Ils en trouveront, bien sûr. Et ils seront arrêtés et jugés comme dans n’importe quelle ville du monde. Ils deviendront les nouveaux héros médiatiques, les étoiles filantes de la guerre impériale. Les « Dames en Blanc », des nouvelles, bien entendu, ou peut-être, aussi, quelqu’une parmi les vieilles nostalgiques qui se portera volontaire, cette fois, en renfort, défileront avec leurs glaïeuls devant les caméras de CNN ou de TVE. Le cirque recommencera. Les prisonniers sont utiles pour l’Empire, uniquement pour lui, mais Cuba ne tolèrera pas l’impunité. La Révolution vient d’avoir, une fois encore, un geste hautement politique, d’humanisme. Mais Obama, apparemment, n’aura pas le courage politique — il n’aura pas les couilles — de libérer les cinq prisonniers politiques cubains qui eux, oui, ont lutté pour épargner la mort d’un côté et de l’autre de l’océan.

Enrique Ubieta Gómez

traduit par Manuel Colinas Balbona

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À lire aussi : « Cubains à Madrid : les dissidents se rebellent »

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