Publié par : quebecsocialiste | 13 juillet 2010

1 million de personnes marchent pour l’indépendance en Catalogne

Par André Parizeau,
Porte parole du PCQ

Il y a des gens qui, encore aujourd’hui, continuent toujours à prétendre que les luttes pour faire reconnaître les droits nationaux des peuples, comme celui du Québec, auxquels on nie encore le droit de devenir souverain, sont autant de pertes de temps car ne correspondant plus à la réalité qui serait la notre.

Il n’y a pas si longtemps encore, c’était Jean-Daniel Lafond, le mari de la gouverneure générale du Canada, qui y allait de commentaires semblables.  La seule chose de vraiment sensé, dans ses propos, consistait à dire que le maintien de la monarchie britannique était tout aussi questionnable.

On se demande bien ce que ces gens pouvaient bien penser lorsqu’ils apprirent samedi le 10 juillet que plus d’un million de Catalans étaient descendus dans la rue de Barcelone pour dénoncer une récente décision de la Cour constitutionnelle d’Espagne (une sorte de Cour suprême là-bas) invalidant une entente conclue il y a déjà plusieurs années, entre le gouvernement central et celui de la Catalogne, et qui devait garantir, sur le territoire de cette province, la suprématie du Catalan sur celles des autres langues en usage, dont l’espagnol, et qui devait aussi garantir la reconnaissance de la Catalogne comme nation distincte.

D’autant que la situation en Catalogne ressemble vraiment, à plus d’un égard, à celle du Québec.  Vous allez voir.

Mais retournons donc à nos moutons.  Comme je le disais  précédemment, voilà maintenant que tout est à nouveau en train de basculer en Catalogne, des suites de la récente décision de cette fameuse cour de justice.

Remarquez que ces mêmes gens, ici mêmes, qui pensent toujours avoir raison (et que tous les autres ont donc forcément tort), et qui n’arrêtent pas de dire que tous les souverainistes québécois ne sont que des revanchards qui vivent dans le passé, ne savaient peut-être pas que cette manifestation de plus de un million de personnes eut lieu cette fin de semaine.

Il faut dire que la plupart des médias, d’ici et d’ailleurs, n’ont fait que bien peu de cas de cette manifestation. On remarquera au passage l’énorme couverture des manifestations de joie, à Madrid, dès l’annonce de la victoire de l’Espagne au Mondial de soccer, mais le quasi silence de ce qui s’était passé la veille, à Barcelone, alors qu’il y avait pourtant eu pas mal plus de gens là-bas.

Imaginez, il n’y avait là, dans les rues de Barcelone, qu’un million et plus de gens.  Une bagatelle.  Considérant qu’il n’y a que 7 millions de Catalans, en Catalogne, cela veut donc dire qu’il y avait, samedi le 10 juillet, près d’un 1 Catalan sur 7 dans les rues de cette ville.  Hommes, femmes, enfants et personnes âgées, toutes catégories confondues.  Faut le faire !

La manifestation avait été appelée par un très large éventail d’organisations politiques, sociales et populaires.  Voilà bien quelque chose à laquelle, nous-mêmes, ne sommes pas tellement habitués.  Au total, cette très large coalition regroupait près de 1 200 organismes.  Cela allait du Parti socialiste catalan (au pouvoir et qui appuyait le statut autonome qu’avait obtenu la Catalogne, mais qui est maintenant remis en cause), aux partis plus nationalistes mais aussi plus à droite; cela incluait également les syndicats, le Parti Vert, le Parti communiste catalan, et bien d’autres.  En fait, on pouvait retrouver dans les rues de Barcelone, ce jour là, à peu près tout l’éventail des partis politiques oeuvrant en Catalogne, à l’exception notable du Parti conservateur (PP), qui était à l’origine de la contestation judiciaire.

Dans la rue, on retrouvait même les 3 derniers présidents de la région.

Dans la manifestation, un des slogans souvent repris se lisait comme suit (notre traduction) : « Nous sommes une nation; nous pouvons décider par nous-mêmes« .

L’argument central de la Cour constitutionnelle pour rendre son jugement contre la Catalogne, et son peuple, consistait à dire qu’en Espagne il n’y a « qu’une seule nation« .  Voilà bien un argument qui ressemble étrangement à ce qui est utilisé, ici même, contre le Québec.

Pendant les heures les plus noires de l’Espagne, sous la poigne du dictateur Franco, soit de 1939, à 1975, il était interdit d’utiliser le Catalan.  La Catalogne est une des régions les plus riches d’Espagne, mais c’est en même temps un coin de pays où les Catalans ont toujours eu beaucoup de misère à faire reconnaître leurs droits.

Le statut de province autonome, qui était reconnu à la Catalogne, et que la Cour constitutionnelle vient d’amputer de manière très sérieuse dans son jugement (rendu en juin), découlait d’une entente conclue, à l’origine avec le gouvernement central en 2004, dès suites de longues luttes; cette entente avait par la suite été entérinée par voie d’un référendum par la population catalane; cela se passait alors en 2006.

La Catalogne est une des plus importantes régions d’Espagne, d’où provient près de 30% de tout le Produit intérieur brut (PIB).  Son histoire, sa culture, sa langue (le catalan), ainsi que les liens économiques unissant les Catalans sur leur territoire font de cette partie du monde une nation au sens le plus largement reconnu qui soit.  On estimait, jusqu’à présent, que les tenants de l’option indépendantiste, au sein de la population catalane, formait une large portion de la population, mais mais pas forcément la majorité.  Sauf que cela pourrait changer.

Le fait que la mobilisation ouvrière soit en nette remontée en Catalogne (voir un autre raccourci, plus haut), comme dans le reste de l’Espagne, et que cela se conjugue en même temps que s’opère, toujours en Catalogne, une recrudescence des luttes pour les droits nationaux de cette nation, crée une situation où tout cela pourrait potentiellement se transformer en une très importante crise politique.

Ceux et celles qui appuient depuis déjà un certain temps la pleine indépendance de la Catalogne, plutôt qu’un statut de provinces autonomes, au sein de l’État fédéral espagnol, ont aujourd’hui un argument pas mal plus pesant quand ils disent que la solution fédérale ne marche pas et ne peut pas marcher non plus.  Tout comme c’est aussi le cas au QUébec, où tous les efforts pour réformer le cadre constitutionnel canadien se sont jusqu’à présent heurtés à un véritable mur et où l’avenir constitutionnel est d’ailleurs plus que jamais bloqué.

Il reste à voir comment toute cette ébullition, aussi bien sur le plan des luttes sociales que des revendications sur le plan des droits nationaux, va s’arrimer.

Cliquez ici pour visionner une assez longue vidéo de la manifestation du 10 juillet, issue d’un reportage à la télévision catalane.  Les commentaires sont en catalans, mais les images parlent d’elles-mêmes et cela est plutôt instructif quand on songe à notre propre situation, ici au Québec.

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