Publié par : quebecsocialiste | 2 avril 2010

Palestine : l’arrogance coloniale des sionistes

 

Il y a eu plusieurs développements importants en Palestine, dernièrement : l’inhabituel froid entre Washington et Tel-Aviv (provoqué par un bras d’honneur sioniste à l’occasion de la visite du vice-président étatsunien, Joe Biden, en Israël), le ras-le-bol palestinien qui s’est manifesté dans les rues de Jérusalem-Est, de Gaza et des villes palestiniennes de Cisjordanie, une pression internationale croissante sur l’apartheid israélien, et finalement, un vent de panique de plus en plus palpable chez les dirigeants sionistes, aux prises avec leurs propres démons, une extrême droite fasciste sur laquelle ils ont perdu tout contrôle.

Les grands médias, toujours aussi «neutres et professionnels» quand vient le temps de parler d’Obama, essaient de nous faire croire qu’Obama, avec son administration bourrée de sionistes, qu’ils le soient par conviction religieuse ou par corruption, fait pression sur Israël… Condamnation de la «violence» des protestants palestiniens, rappel presque quotidien du «support indéfectible et inconditionnel» des États-Unis à Israël, sorties d’Hillary Clinton en faveur d’Israël et du support financier et militaire U.S. à cet état, «mesures de rétorsion antiterroristes» (censure) envers des chaînes d’information étrangères critiques d’Israël et des États-Unis… En effet, que de pressions sur Israël, qui n’en peut plus de se faire lancer tous ces milliard$ au visage… Sans oublier la France, dont la ministre de la justice a qualifié «d’antisémitisme» et «d’incitation à la haine» la campagne internationale de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) en France, campagne supportée par de nombreux juifs…

Pour revenir en Israël, cet état créé de toutes pièces qui doit son «succès» au bon vieux «B-S» stratégique de l’oncle Sam… Pendant que le premier ministre Netanyahu tente de se justifier en criant à qui veut l’entendre que «Jérusalem est la capitale historique du peuple juif d’Israël et nous pouvons y construire comme nous le désirons», le ministre israélien des affaires étrangères, le politicien d’extrême droite fasciste Avigdor Lieberman, qui a déjà dit vouloir «noyer les palestiniens dans la mer Rouge», fait des bras d’honneur à tous ceux qui ne feraient qu’énoncer des doutes sur le «droit divin» d’Israël à voler les terres de ses voisins, un acte illégal qui est condamné par le droit international.

Pendant que les palestiniens souffrent toujours en silence, les politiciens occidentaux tentent de gagner du temps pour Israël, qui semble sur le point de lancer une nouvelle offensive barbare contre le peuple assiégé et affamé de Gaza. Lors d’un récent accrochage de frontière entre l’armée israélienne et les milices du Hamas, au cours duquel 2 soldats d’occupation israéliens ont trouvé la mort, un tir de l’artillerie israélienne a tué 2 civils palestiniens. Certains médias ont tenté, en vain, de faire passer ces deux morts pour des «terroristes», sauf que les faits ont démontré que l’un des deux morts était un garçon de 10 ans…

(caricature de Carlos Latuff)

Pour finir, un texte tiré de Le Grand Soir sur les prétentions «historiques» des sionistes sur Jérusalem, à lire absolument pour pouvoir démystifier les mensonges sionistes sur leur «foyer national historique», le coeur de la propagande d’état de l’apartheid israélien :

 

Dix bonnes raisons pour que Jérusalem-Est n’appartienne pas aux israéliens juifs

par Juan Cole, historien du Moyen-Orient moderne et d’Asie du Sud

23 mars 2010

Le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahu a déclaré lundi devant l’American Israel Public Affaires Council (AIPAC – principal lobby proisraélien aux USA), « Jérusalem n’est pas une colonie ». Il a poursuivi en disant que le lien historique entre le peuple juif et la terre d’Israël ne peut être nié… pas plus que le lien historique entre le peuple juif et Jérusalem. Il a insisté, « Le peuple juif a construit Jérusalem il y a 3 000 ans et le peuple juif construit Jérusalem aujourd’hui. » Il a dit, « Jérusalem n’est pas une colonie. Elle est notre capitale. » Et de proclamer devant un auditoire de 7 500 personnes qui l’ovationnait, qu’il suivait simplement la politique que tous les gouvernements israéliens avaient suivie depuis la conquête de Jérusalem en 1967, pendant la Guerre des Six jours.

Netanyahu mélange les clichés romantico-nationalistes avec toute une série d’affirmations historiquement falsifiées. Mais le plus important, c’est tout ce qu’il a laissé de l’histoire et la citation qu’il a faite de son histoire déformée et inexacte, au lieu de considérer les lois, les droits ou la simple politesse humaine à l’égard de ceux qui ne sont pas de son groupe ethnique.

Voici les raisons montrant que Netanyahu s’est profondément fourvoyé, et pourquoi Jérusalem-Est ne lui appartient pas.

1 – En droit international, Jérusalem-Est est un territoire occupé, tout comme les portions de Cisjordanie qu’Israël a annexées unilatéralement à son district de Jérusalem. La Quatrième Convention de Genève de 1949 et les Règlements de La Haye de 1907 interdisent aux puissances occupantes de modifier le mode de vie des civils qui se trouvent sous occupation, et interdisent l’implantation de la population du pays occupant dans le territoire occupé. L’expulsion par Israël de Palestiniens de leurs foyers dans Jérusalem-Est, son usurpation dans la ville de propriétés palestiniennes, et son installation d’Israéliens sur la terre palestinienne sont autant de violations flagrantes du droit international. Les affirmations d’Israël selon lesquelles il n’occupe pas les Palestiniens parce que les Palestiniens n’ont pas d’Etat, sont cruelles et tautologiques. Les affirmations d’Israël selon lesquelles il construit sur un territoire vide sont ridicules. Mon arrière-cour est vide, mais cela ne donne pas le droit à Netanyahu d’y construire un immeuble d’habitations.

2 – Les gouvernements israéliens, en réalité, n’ont pas été unis et cohérents sur ce qu’ils voulaient faire à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, contrairement à ce que prétend Netanyahu. Le Plan Galili pour les colonies de Cisjordanie ne fut adopté qu’en 1973. Le Premier ministre Yitzhak Rabin s’était engagé, dans le cadre du processus de paix d’Oslo, à se retirer des territoires palestiniens et à garantir aux Palestiniens un Etat, promesses pour lesquelles il fut assassiné par un Israélien de l’extrême droite (dont les éléments aujourd’hui soutiennent le gouvernement de Netanyahu). Pas plus tard qu’en 2000, le Premier ministre d’alors, Ehud Barak, prétendit avoir donné les assurances verbales que les Palestiniens pourraient avoir la quasi-totalité de la Cisjordanie et qu’on pourrait trouver un quelconque arrangement pour que Jérusalem-Est en soit la capitale. Netanyahu tente aujourd’hui de donner l’impression que sa politique d’extrême droite du Likoud sur Jérusalem-Est et la Cisjordanie est celle de tous les gouvernements précédents, mais ce n’est tout simplement pas la vérité.

3 – Le nationalisme romantique se représente un « peuple » comme éternel et ayant un lien éternel avec une fraction précise de territoire. Cette façon de penser relève de l’invraisemblance et de la mythologie. Les peuples se forment et se transforment, parfois ils cessent d’exister, même s’il peut en rester des descendants qui abandonnèrent cette religion, origine ethnique ou langue. Les êtres humains se sont déplacés, partout, et ils ne sont rattachés directement à un aucun territoire de manière exclusive, car de nombreux groupes vécurent sur la plupart des portions de territoires. Jérusalem ne fut pas fondée par les juifs, c’est-à-dire par des adeptes de la religion juive. Elle fut fondée entre 3 000 et 2 600 ans avant notre ère, par un peuple sémite occidental, peut-être par les Cananéens, ancêtres des Palestiniens, des Libanais et de nombreux Syriens et Jordaniens, comme de nombreux juifs. A l’époque où elle fut fondée, les juifs n’existaient pas.

4 – Jérusalem a été fondée en l’honneur du dieu antique, Shalem. Ce qui ne veut pas dire Cité de la Paix, mais plutôt, « agglomération de Shalem ».

5 – Le « peuple juif » ne construisait pas Jérusalem il y a 3 000 ans, c’est-à-dire 1 000 ans avant notre ère. D’abord, on n’est pas exactement certains de la période où le judaïsme, en tant que religion centrée sur l’adoration d’un dieu unique, a vraiment pris forme. Il semble avoir eu un développement tardif étant donné qu’aucune preuve de culte quelconque, hors les divinités communes cananéennes, n’a été découverte dans les sites archéologiques pour les 1 000 ans d’avant notre ère. Il n’y a eu aucune invasion de la Palestine géographique depuis l’Egypte par d’anciens esclaves durant les 1 200 ans qui ont précédé notre ère. Les pyramides ont été construites beaucoup plus tôt et sans qu’il y ait recours à un travail d’esclaves. La chronique des évènements du règne de Ramsès II sur le mur dans Louxor ne renvoie à aucune révolte d’esclaves sérieuse, ni invasion d’esclaves, dans la péninsule du Sinaï. Les sources égyptiennes n’ont jamais entendu parler de Moïse ni des 12 plaies, etc. Les juifs et le judaïsme ont émergé d’une certaine classe sociale des Cananéens tout au long d’une période de plusieurs siècles, en Palestine.

6 – Non seulement Jérusalem n’a pas été construite par le probablement non existant « peuple juif » 1 000 ans avant notre ère, mais Jérusalem n’était sans doute pas encore habitée à ce moment de l’histoire. Jérusalem semble avoir été abandonnée entre les 1 000 et 900 ans qui ont précédé notre ère, dates traditionnelles du royaume unifié sous David et Salomon. Ainsi, Jérusalem n’a pu être la « cité de David » puisqu’il n’y avait aucune cité au moment où il est dit qu’elle était habitée. Aucun signe de palais magnifiques, ni d’Etats importants, n’a été découvert dans l’archéologie de cette période, et les tablettes assyriennes – sur lesquelles étaient inscrits même les faits mineurs dans tout le Moyen-Orient, telles les actions des reines arabes – n’évoquent aucun grand royaume de David et de Salomon en Palestine géographique.

7 – Etant donné que l’archéologie ne renvoie à aucune existence d’un royaume ou de royaumes juifs dans ce que l’on appelle la période du Premier Temple, on ignore exactement quand le peuple juif a pu régner sur Jérusalem, sauf pour le royaume hasmonéen. Les Assyriens ont conquis Jérusalem en 722. Les Babyloniens l’ont prise en 597 et ont régné jusqu’à ce qu’ils soient à leur tour envahis en 539 par les Achéménides de l’Iran antique, lesquels ont gouverné à Jérusalem jusqu’à ce qu’Alexandre le Grand ne s’empare du Levant, dans les années 330 avant notre ère. Les descendants d’Alexandre, les Ptoléméens, ont régné sur Jérusalem jusqu’en 198, date à laquelle les autres descendants d’Alexandre, les Séleucides, prirent la ville. Avec la révolte des Maccabées en 168, le royaume juif hasmonéen régna sur Jérusalem jusqu’en l’an 37, mais Antigone II Mattathiah, le dernier des Hasmonéens, ne s’est emparé de Jérusalem, avec l’aide de la dynastie parthe, qu’en l’an 40. Hérode a régné depuis l’an 37 jusqu’à ce que les Romains conquièrent ce qu’ils appelaient la Palestine, en l’an 6 de l’EC (« ère commune » ou ce que les chrétiens appellent AD [du latin Anno Domini qui signifie en l’an du Seigneur]) (donc de notre ère). Les Romains et par la suite l’Empire romain d’Orient de Byzance ont gouverné la cité de l’an 6 de notre ère jusqu’en 614, où l’Empire iranien sassanide s’en empare, il va régner jusqu’à la venue des Byzantins, en 629.

Les musulmans ont pris Jérusalem en 638 et régnèrent jusqu’en 1099 quand les Croisés l’envahirent. Les Croisés tuèrent ou expulsèrent les juifs et les musulmans de la ville. Les musulmans sous Saladin la reprennent en 1187 et permettent le retour des juifs, les musulmans régnèrent jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale, soit un règne complet d’environ 1 192 ans.

Les adeptes du judaïsme n’ont pas fondé Jérusalem. La cité existait sans doute 2 700 années avant que quelque chose qu’on puisse reconnaître comme du judaïsme ne survienne. Le règne juif peut ne pas avoir duré plus de quelque 170 ans, c’est-à-dire le royaume des Hasmonéens.

8 – Par conséquent, si ce sont la construction historique de Jérusalem et le lien historique avec Jérusalem qui déterminent la souveraineté sur la cité, comme Netanyahu le prétend, les groupes qui peuvent le mieux prétendre à la cité sont les suivants :

A – les musulmans, qui régnèrent pendant 1 191 ans ;

B – les Egyptiens, qui régnèrent en tant qu’Etat vassal pendant des centaines d’années au cours du deuxième millénaire avant notre ère ;

C – les Italiens, qui régnèrent environ 444 ans, jusqu’à la chute de l’Empire romain, en l’an 450 de notre ère ;

D – les Iraniens, qui régnèrent pendant 205 ans sous les Achéménides, trois ans sous les Parthes (dans la mesure où les derniers Hasmonéens furent en réalité leurs vassaux), et 15 ans sous les Sassanides ;

E – les Grecs, qui régnèrent pendant plus de 160 ans si on compte les Ptoléméens et les Séleucides comme des Grecs ; si on les compte comme Egyptiens ou Syriens, il faut alors ajouter ces 160 années à l’époque égyptienne et introduire une époque syrienne ;

F – les Etats qui succédèrent aux Byzantins, lesquels peuvent être grecs ou turcs, et qui gouvernèrent Jérusalem pendant 188 ans, mais si on considère que leurs héritiers sont grecs, alors il faut ajouter ces années au règne des dynasties grecques hellénistiques, ce qui donnerait aux Grecs près de 350 ans de règne sur Jérusalem.

G – il existe une revendication iraquienne sur Jérusalem, elle se fonde sur les conquêtes assyriennes et babyloniennes, aussi peut-être sur le règne des Ayyoubides (dynastie de Saladin) qui étaient des Kurdes d’Iraq.

9 – Bien sûr, les juifs sont historiques liés à Jérusalem par le Temple, à chaque fois que ce lien est daté. Mais ce lien fut entretenu surtout alors que les juifs n’avaient aucun contrôle politique sur la ville, sous les règnes iraniens, grecs et romains. Il ne saurait par conséquent être avancé pour justifier une demande de contrôle politique sur la ville tout entière.

10 – Les juifs de Jérusalem et du reste de la Palestine ne sont pas partis, pour la plupart, après l’échec de la révolte de Bar Kochba contre les Romains en l’an 136 de notre ère. Ils ont continué à vivre ici et à cultiver la terre de Palestine jusqu’aux règnes des Romains puis des Byzantins. Ils se sont petit à petit convertis au christianisme. Après 638, pratiquement 10% s’étaient convertis à l’Islam.

Les Palestiniens d’aujourd’hui sont les descendants des juifs de l’antiquité et ont parfaitement le droit de vivre là où leurs ancêtres ont vécu pendant des siècles.

Juan Cole (né en Octobre 1952) est un universitaire états-unien, historien du Moyen-Orient moderne et d’Asie du Sud. Il est un professeur d’Histoire à l’université du Michigan. Commentateur sur les affaires du Moyen-Orient, il a publié plusieurs ouvrages universitaires sur le Moyen-Orient moderne et est un traducteur d’arabe et en persan.

Il écrit sur le blog Informed Comment et est président de l’Institut américain mondial.

23 mars 2010 – Informed Comment – traduction : JPP

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