Publié par : quebecsocialiste | 20 février 2010

Importante victoire des communistes tchèques

Par André Parizeau,
Porte parole du PCQ

Les communistes de la République tchèque viennent de remporter une très importante victoire sur le plan juridique.

Il faut savoir que de multiples pressions ont cours depuis maintenant plusieurs années pour essayer d’interdire le mouvement communiste dans ce pays, alors que le Parti communiste représente toujours, en République tchèque, un des partis politiques les plus influents sur la scène politique, avec quelques 15% des voix.  Lors des élections de 2002, ce pourcentage avait même monté jusqu’à 18.5%.  Sauf que le Tribunal de la municipalité de Prague  — la capitale — vient d’annuler un jugement rendu, il y a déjà deux ans, soit en 2008, et qui avait à toute fins pratique mis hors la loi l’organisation de la jeunesse du parti communiste.

La République tchèque est issue de l’ex Tchécoslovaquie, des suites de la sécession entre la partie tchèque et la Slovaquie.

Cette toute récente décision, rendue le 27 janvier à l’avantage des communistes, fait suite à un autre jugement, rendu plus tôt par la Cour administrative suprême de la République tchèque, et qui allait aussi dans le sens de mettre un terme aux mesures visant à restreindre le droit des communistes d’exister légalement dans ce pays.  Il faut finalement savoir qu’encore tout récemment, soit en novembre dernier, un comité du Sénat, qui est une des deux chambres du parlement tchèque, avait à son tour proposé, lors d’une réunion, où les représentants des partis de droite étaient largement surreprésentés, qu’on aille jusqu’à interdire le Parti communiste lui-même. 

Logo du Parti communiste en République tchèque ...Ce parti communiste compte présentement au dessus de 75 000 membres et est représenté au parlement tchèque par 26 députés (sur un total de 200; les sociaux démocrates, de leur côté, en ont 74, et les Verts 6). Au Sénat, où siègent 81 sénateurs, c’est par contre les partis de droite qui dominent beaucoup plus.

Au niveau plus local, soit sur le plan municipal, le Parti communiste a plus de  4000 élus, dont 284 maires de municipalités.  Il est issu de l’ancien parti communiste, alors au pouvoir, avant que n’éclate la « révolution de velours ».

Le gouvernement actuel tchèque est formé d’une coalition de partis de droite, même si les sociaux-démocrates, de même que les communistes et les Verts ont ensemble plus de députés. Une situation, aussi incongrue, découle du fait que les sociaux-démocrates ne veulent rien savoir d’une éventuelle alliance avec les communistes, ce que ces derniers ont souvent proposé.  C’est même inscrit dans leur charte !  Comme quoi le sectarisme n’est pas toujours là où on le penserait…

Le jugement du 27 janvier, rendu par le Tribunal de Prague, portait sur une décision prise antérieurement par le Ministère de l’Intérieur d’interdire l’organisation des Jeunes communistes (KSM), associée au parti communiste.  Une telle interdiction avait été prise sur la base du fait que le programme de la KSM appelait à remplacer la propriété privée des moyens de production par une propriété commune de ces mêmes moyens et appelait aussi au retour du socialisme.  Suite à une telle décision, une vaste campagne avait été enclenchée à l’intérieur de la République tchèque, de même qu’à l’étranger, pour dénoncer une telle mesure; le débat s’était même transporté, à un moment donné, jusqu’à l’intérieur de l’enceinte du Parlement, grâce à la présence des députés communistes de la KSCM.

Sur un plan plus international, le PCQ fut au nombre des nombreuses organisations qui dénonçaient encore tout récemment toutes ces tentatives d’interdire le mouvement communiste dans ce pays.

La remontée de l’anti-communisme, comme dans les pires temps de la guerre froide, ainsi que durant la période de la Grande Dépression, n’est pas un phénomène qui se limiterait actuellement à la seule République tchèque.  En Espagne, de même que dans plusieurs autres pays de l’ancienne Europe de l’Est, les gestes en provenance des milieux les plus à droite de l’échiquier politique, ont actuellement tendance à se multiplier dans ce sens.  On peut clairement associer un tel phénomène au fait que les idées socialistes sont en même temps en nette remontée, au niveau de l’opinion publique internationale.  Il en va de même des critiques face aux effets du capitalisme sauvage.

Tout cela nous rappelle à quel point la démocratie, sous le capitalisme, a toujours ses limites.  Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas utiliser chaque opportunité qui s’offre pour faire avancer la cause du progrès et de la justice sociale.  Bien au contraire.  La récente victoire des communistes tchèques nous montre combien, même dans des conditions difficiles, on peut quand même progresser à ce titre.  Cela nous permet en même temps de garder en tête le fait, maintes fois démontrées par le passé, que ce qui existe aujourd’hui, peut aussi disparaître demain, lorsque les bourgeois font le choix de passer outre à leurs propres règles.  L’importance de la mobilisation populaire devient alors primordiale.

Dans les années 30, 40, et même 50, de nombreux partis communistes, pas juste dans les pays du tiers monde, mais également ici, dans nos démocraties supposément plus avancés, furent interdits, et leurs militants pourchassés, emprisonnés, et/ou déportés.  C’est sans parler de la période où le fascisme triompha sur une bonne partie de l’Europe, durant cette période.

Ici même, et bien avant que la Loi des Mesures de guerre soient utilisée contre le mouvement indépendantiste québécois — c’était en 1970 –, cette fameuse loi fut d’abord utilisé contre les communistes; cela se passait au début des années 20 alors que le parti communiste venait juste d’être créé.  Au Québec, et ce jusqu’à la mort de Duplessis, les communistes passèrent la majeure partie de leur existence dans l’illégalité.  Qu’on pense seulement à cette autre fameuse loi, qui s’appelaient la loi du cadenas, et qui permettait à la police de condamner tout lieu où des gens, soupçonnés d’être des communistes ou des sympathisants communistes, avaient pu se réunir…

Pour ceux et celles qui voudraient en savoir plus sur cette période de notre propre histoire, ici au Québec, il existe un excellent livre à ce propos, intitulé « Le droit de se taire » — il est malheureusement aujourd’hui épuisé. Si vous pouvez mettre la main sur ce livre, cela en vaut vraiment la peine.

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