Publié par : quebecsocialiste | 13 novembre 2009

Jour du souvenir impérialiste

 Comme vous le savez tous, mercredi dernier (11 novembre), c’était le jour du souvenir. Une belle occasion de propagande qui clôturait une semaine complète de propagande militaire impérialiste du gouvernement fédéral. Durant toute la semaine dernière, on nous a « rappelé », de manière assez floue, qu’il y a des soldats au Canada qui ont participé et sont morts dans des guerres à travers le monde. C’est que vous voyez, si cette semaine est fortement importante pour la symbolique et le recrutement des forces armées, personne en haut de la hiérarchie n’a intérêt à énumérer en détails devant les micros les « grands faits d’arme » de « nos boys » à travers l’histoire. Pour les mass médias, il est beaucoup plus important de se concentrer sur le « bonus » disponible en ce mois de novembre 2009 : La fusillade de Fort Hood au Texas, États-Unis. Pourquoi se concentrer autant sur cet évènement qui ne touche aucunement la population du Québec ou du Canada? C’est simple : étant une colonie, il faut renforcer notre mentalité de colonisés en nous rendant solidaires de la « souffrance » de la puissance mère, histoire qu’on ne s’occupe pas trop des problèmes chez nous. Tant qu’à moi, la fusillade de Fort Hood n’est qu’un fait divers quelconque, dramatisé jusqu’au vulgaire par les mass médias. Pourquoi le terme « vulgaire »? Parce que des soldats, mais surtout des civils (hommes, femmes et enfants), meurent à tous les jours à cause des guerres dans le monde, mais comme c’est un militaire désespéré qui a tué d’autres soldats cette fois-ci, ça devient une « tragédie ». Voilà pourquoi je trouve non pas cette histoire, mais la couverture que les mass médias lui ont donné, vulgaire. Un petit rappel : Les militaires morts à Fort Hood étaient des volontaires, donc ils ont choisi de prendre les armes contre des prolétaires étrangers, que ce soit pour l’argent, pour les études, par endoctrinement (la défense de la « liberté » ou autre foutaise officielle du genre), ou tout simplement parce que c’était leur choix de carrière, dans la première puissance mondiale où le culte des armes à feu est érigé en droit sacré. À partir de ce moment, le « facteur pitié » prend un peu le bord. Ils auraient été envoyés en Irak ou en Afghanistan sauter sur des mines pour défendre des intérêts impérialistes de toute façon. Les blessés auront peut-être la chance d’être exemptés de cette expérience traumatisante, dont ils ont eu un bref aperçu (désolé, mais je ne sais pas si certains d’entre eux y sont déjà allés). Le major Malik Nidal Hasan, l’initiateur de la fusillade, ne voulait rien savoir d’aller joyeusement massacrer ses semblables à l’autre bout du monde et une fois acculé au mur, il a « franchis la barrière » en faisant ce pourquoi il avait été formé : Tuer. D’un point de vu psychologique, c’est défendable en quelque sorte.

Cet élément malheureux de l’actualité mis de côté, revenons au sujet du jour : Les guerres auxquelles le Canada a participé depuis l’avènement de la fédération. Voyons voir pourquoi nous devrions dire « Merci » en souvenir de l’armée canadienne…

-1885 : La jeune armée fédérale et la police montée de sa majesté écrasent la « rébellion du Nord-Ouest » des métis de Louis Riel. À Batoche, l’armée extermine une faible résistance composée principalement de vieillards. Louis Riel est capturé, puis pendu au terme d’un procès bidon pour trahison. La population québécoise s’est trouvée profondément choquée par l’exécution de Riel, un francophone. Des émeutes éclatent à Montréal. « Merci » armée canadienne…

Guerre des Boers, début du siècle dernier : Des québécois sont envoyés de force combattre les Boers en Afrique du Sud, aux côtés de l’armée canadienne sous commandement britannique. Les britanniques commettront d’innombrables atrocités durant cette guerre, massacrant des civils et plaçant à peu près le quart de la population, soit 116 572 Boers, plus environ 120 000 africains noirs, dans des camps de concentration dignes d’Auschwitz. Un rapport postérieur à la guerre estima à 27 927 le nombre de Boers morts dans les camps (dont 22 074 enfants de moins de 16 ans) et environ 20 000 noirs. La famine, provoquée par les geôliers anglais, et les maladies furent les principales causes de ces décès, soit environ 25% des internés Boers et 12% des noirs. Leur crime : S’être opposé à l’impérialisme britannique et sa soif de ressources naturelles et de pierres précieuses. L’armée de la colonie du Canada a participé à ce massacre. « Merci » armée canadienne…

Première guerre mondiale, 1914-1918 : Envoi massif de québécois à la boucherie en Europe malgré les manifestations d’opposition à la conscription dans les grandes villes du Québec. Les récalcitrants sont jetés en prison et humiliés par les officiers anglais. Le 1er avril 1918, au bout de cinq jours d’émeutes contre la conscription, un régiment de Toronto dépêché par Ottawa charge la foule, sabres à la main, et tire à la mitrailleuse. Quatre morts et plus de 70 blessés chez les manifestants. Le 4 avril, le gouvernement du salopard sur nos billets de 100$ proclame la loi martiale à Québec et la suppression de toutes les libertés civiles. Tout ça au nom de la défense des intérêts de l’impérialisme britannique. « Merci » armée canadienne…

Deuxième guerre mondiale, 1939-1945 : Le Canada entre en guerre contre l’Allemagne nazie en support aux britanniques. Malgré le courage reconnu de l’armée canadienne et des soldats québécois contre la machine de guerre nazie, il faut se souvenir du débarquement raté de Dieppe, où les « alliés » ne se sont pas gênés pour nous utiliser comme chair à canon dans ce que le premier ministre britannique Churchill décrivait comme « une opération de portée limitée » (lire: perdue d’avance). Au Canada, en 1939, le premier ministre canadien Mackenzie King (profondément antisémite) promet au Québec de ne pas recourrir à la conscription pendant la guerre. Il brise sa promesse en 1942. De nombreux opposants à la conscription, en grande majorité des québécois, seront jetés en prison sans procès pour la durée de la guerre. Également, il ne faut pas oublier l’internement des citoyens canado-japonais dans des camps de concentration. « Merci » armée canadienne…

Guerre de Corée, 1950-1953 : Le gouvernement libéral du Canada, issu de la « gang » du non regretté Mackenzie King (décédé avant la guerre), lance l’armée canadienne à l’assaut de la Corée du Nord « en support du Sud », aux côtés de la nouvelle puissance anglo-saxonne dominante : les États-Unis. Une guerre sanglante appuyée par l’ONU, largement dominée par les occidentaux à cette date, voit le jour. L’URSS n’a pu imposer son veto à cause de sa politique du « siège vide » (boycott), en protestation au refus de l’ONU de reconnaître la Chine continentale « communiste » de Mao comme un état officiel. Durant la guerre, alors que la Chine de Mao entre de façon non officielle dans le conflit, le général U.S. Douglas MacArthur suggère au président Truman rien de moins que le bombardement nucléaire de la Chine et de la Corée du Nord. Cette guerre a fait plus d’un million de morts, principalement à cause des bombardements occidentaux (au napalm et autres) de civils coréens. À part les objectifs militaires coréens, les cibles variaient entre les hôpitaux Nord-coréens et les vieux quartiers résidentiels de Pyongyang. Pour les faits d’arme de l’armée canadienne, faites vos propres recherches. De toute façon, ce fut une autre guerre illégitime motivée par l’impérialisme. « Merci » armée canadienne…

-Crise d’octobre, 1970 : L’armée canadienne agresse le Québec sur ordre du gouvernement Trudeau, qui déclare la loi sur les mesures de guerre et suspend les libertés individuelle des québécois et des québécoises, pour la seule raison que le FLQ a enlevé un ministre libéral provincial. La GRC, de son côté, s’affaira à faire sauter maisons et granges en région pour faire porter le chapeau au FLQ. « Va chier » armée canadienne…

Époque moderne :

Crise d’Oka, 1990: Lors de la crise d’octobre ’70, le gouvernement canadien n’a pas hésité à envoyer son armée et sa police montée pour mater un petit groupe de résistants sans ressources et pratiquement sans armes. Lors de la crise d’Oka, vingt ans plus tard, les « Warriors » de la réserve de Kanesatake, armés d’AK-47, font plier le gouvernement sans tirer un coup de feu. La célèbre image d’un jeune « warrior » défiant un soldat canadien en le fixant à deux pouces de son visage, arme au poing, a fait le tour du monde en tant que symbole de la décomposition de l’armée canadienne.

Première guerre du Golfe, 1991 : Le premier ministre conservateur Brian Mulroney insiste pour participer à la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein, dont la défaite est déjà assurée devant les États-Unis (315 000 hommes), l’Arabie-Saoudite (118 000 hommes) et les britanniques (43 000 hommes), entre autres pays impliqués contre Saddam et l’Irak. Pendant que les USA bombardent par milliers des soldats irakiens en retraite et agitant des drapeaux blancs, le Canada devient la risée de l’occident en envoyant 2700 canadiens sur trois « navires de guerre » désuets dans le golfe Persique.

Intervention en Yougoslavie : Canadiens et québécois sont déployés en tant que casques bleus de l’ONU en ex-Yougoslavie, notamment en Bosnie. Les atrocités qu’ils y virent en traumatisa plusieurs, dont bon nombre sont aujourd’hui recyclés en Afghanistan malgré leur état de santé mentale critique. « Honorons nos anciens combattants » qu’ils disent…

Génocide au Rwanda, 1994 : Les Tutsis se font massacrer par les Hutus au Rwanda pendant que le gouvernement canadien les considère (les Tutsis) comme des « terroristes ». Les casques bleus canadiens du général Roméo Dallaire sont forcés d’assister à l’horreur à Kigali sans pouvoir intervenir, rendus impuissants par l’inaction des grandes puissances comme les États-Unis et la France, qui ne voient pas où sont leurs intérêts dans ce conflit.

Occupation de l’Afghanistan, 2001-? : Le Canada se joint à l’offensive de l’OTAN contre les anciens alliés de Washington, les talibans, en novembre 2001. Depuis, sont au programme la défense du nouveau dictateur catapulté par les États-Unis et appuyé par les seigneurs (criminels) de guerre islamistes de l’Alliance du Nord (rivaux isolés des talibans avant 2001), l’entraînement d’une « armée afghane » composée essentiellement de bandits qui terrorisent et volent l’argent des paysans pour pouvoir se payer leur opium, le don de bonbons et de sacs d’école (au lieu de nourriture) aux enfants locaux, exploitation du peuple afghan par des multinationales occidentales comme Coca-Cola, mort de soldats québécois et canadiens sur des mines artisanales (I.E.D.), « combats » contre une guérilla fantôme et extension de la « mission » de février 2009 à février 2011 par le gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Agression du Liban par Israël, été 2006 : Durant la guerre, Tsahal, l’armée israélienne, massacre une famille québécoise d’origine libanaise et bombarde un poste d’observation des casques bleus de l’ONU, tuant un autrichien, un finlandais, un chinois et un canadien. La réponse du gouvernement conservateur a été : « Israël a le droit de se défendre ». Aussi, alors que d’autres pays occidentaux ont envoyé des navires militaires chercher leurs ressortissants coincés au Liban, le Canada s’est contenté de louer un petit bateau de croisière à capacité réduite pour aller « sauver » ses citoyens des bombes de l’aviation israélienne « alliée ». Pire : les conditions sur le bateau étaient insalubres selon les rescapés.

Voilà, c’était le jour du souvenir impérialiste. J’espère vous avoir appris certaines chose durant cette lecture. Sur ce, à la prochaine.

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Responses

  1. Bonne article Gabriel, très bien documentée!

  2. En passant, j’ai oublié de le mentionner, mais il y a aussi, bien-sûr, la torture des prisonniers canadiens envoyés dans les mains des services secrets afghans. Un autre scandale éclabousse le gouvernement Harper sur cette question en ce moment même.

  3. […] J’ai déjà aborder l’histoire derrière ce jour du souvenir impérialiste, summum de l’hypocrisie occidentale au moment duquel les masses de la classe ouvrière se font «rappeler» que l’armée canadienne n’aurait «fait que du bien durant toute son existence». Pour découvrir l’histoire véritable derrière les mythes guerriers bourgeois falsificateurs, je vous réfère à cet article de l’année dernière, mais toujours d’actualité : «Jour du souvenir impérialiste» (Cliquez ici). […]


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