Publié par : quebecsocialiste | 9 septembre 2009

Fraudes au Gabon: l’occident regarde ailleurs

Un texte du journal l’Humanité portant sur « l’élection » frauduleuse ayant récemment eu lieu au Gabon, où c’est maintenant Ali Bongo Odimba, fils du non regretté dictateur Omar Bongo, qui prendra en charge les affaires du pays. Omar Bongo a dirigé le Gabon d’une main de fer durant plus de 40 ans, jusqu’à son récent décès. En examinant l’histoire du pays, on constate que le Gabon n’a jamais été pleinement indépendant, son gouvernement monarchique étant toujours resté bien docile devant le pillage systématique des richesses de « son » pays, richesses qui devraient (logiquement) appartenir au peuple gabonais. Une fois de plus, les intérêts économiques et impérialistes de l’occident prennent le dessus sur son discours officiel de « promotion de la démocratie », un concept qui a de moins en moins de valeur en occident, sachant à quel point l’opinion publique est de moins en moins respectée par les gouvernements capitalistes:

Au Gabon, Ali vainqueur par chaos

La commission électorale a annoncé la victoire du fils d’Omar Bongo hier. Ses opposants dénoncent un coup d’État électoral. Le consulat de France a été incendié à Port-Gentil.
Le reportage de notre envoyé spécial

Libreville (Gabon), envoyé spécial.

Ce ne sont pas des coups de canon mais des coups de matraque qui ont annoncé aux Gabonais la victoire du candidat du Parti démocratique gabonais (PDG), Ali Bongo Ondimba, à l’élection présidentielle. Depuis plusieurs jours, la tension montait dans le pays, la Commission électorale nationale autonome et permanente (CENAP) ne rendant aucun résultat. Or, les trois principaux candidats revendiquaient la victoire. Mercredi, les partisans d’André Mba Obame et ceux de Pierre Mamboundou s’étaient rassemblés au carrefour de la démocratie, non loin du bâtiment où se réunissait la CENAP. Malgré la présence de forces de police solidement armées (lire l’Humanité du 3 septembre), l’ambiance restait bon enfant. Louis, qui se trouvait sur place, raconte la suite. « Nous sommes restés là toute la nuit. Tout se passait très bien. Les jeunes chantaient et dansaient. Vers 8 heures du matin, les bérets rouges sont arrivés (il s’agit de la garde présidentielle – NDLR). À peine descendus de leurs camions, ils ont couru sur nous, lançant des gaz lacrymogènes et distribuant les coups de matraque. » Ils sont ensuite allés là où se trouvaient les dirigeants de l’opposition, notamment Mba Obame et Mamboundou. Ce dernier aurait reçu un coup de crosse en plein visage. Grièvement blessé, saignant abondamment, selon plusieurs témoins, il a été emmené par les hommes de la sécurité. « Mba Obame a aussi pu être exfiltré », explique Louis. Encore sous le coup de l’émotion, Tsamba Steve rapporte les mêmes scènes de violence. « Ils chargeaient, nous tapaient. Même quand on était à terre, ils n’arrêtaient pas de frapper. »

Bongo crédité de 41% des voix

Si le carrefour de la démocratie – qui porte désormais très mal son nom – a été dégagé, la colère des jeunes manifestants n’en a été que décuplée. D’autant que la gendarmerie, cherchant à terminer le sale boulot commencé par les paras, sillonnait à toute allure les venelles défoncées des matiti, lançant au hasard des grenades lacrymogènes, pendant qu’un hélicoptère survolait la zone. Dans plusieurs quartiers de la ville, des barrages de fortune étaient dressés et des pneus enflammés pour barrer les routes. « Les gens vont sortir leur calibre 12, c’est sûr », craignait Yvon. « Pour une fois que les Gabonais veulent changer, mais c’est quoi ça ? », s’emportait-il. À ses côtés, un mastard lançait à qui voulait l’entendre : « On va les taper, ça va leur faire du bien. » Quelques incidents sporadiques qui pourraient bien dégénérer dans les prochaines heures.

Ali Bongo Ondimba a été crédité de 41,73 % des suffrages contre 25,88 % à André Mba Obame et 25,22 % à Pierre Mamboundou, de l’Union des peuples gabonais (UPG). La majorité relative suffisait pour remporter cette élection à un tour. Des résultats immédiatement contestés par les deux autres candidats. « La CENAP, en présence des représentants des candidats, était en train de vérifier les 2 815 procès-verbaux correspondants à chaque bureau de vote du pays », explique Richard Moulomba, secrétaire général de l’UPG. « Nous en avions examiné près de trois cents seulement, lorsque le président de la CENAP et le ministre de l’Intérieur ont annoncé les résultats, donnant Ali Bongo vainqueur. C’est rocambolesque. » Aiy Touton, conseiller de Mba Obame, a précisé que celui-ci, tout comme Mamboundou, « a été placé dans un lieu sûr tenu secret », et explique lui aussi qu’il s’agit d’« un coup d’État électoral. Pour que la légalité des résultats soit reconnue, il faut que la déclaration finale comporte la signature du président de la CENAP et des deux vice-présidents. Or, l’un d’eux n’a pas apposé sa signature. En fait, ils n’ont pas accepté d’examiner les résultats dans le détail ».

Des barricades à Port-Gentil

Ali Bongo a promis d’être « le président de tous les Gabonais (…) sans exclusive ». Depuis son quartier général de campagne, à Libreville, il s’est engagé à respecter ses promesses, disant vouloir, « dans la continuité, apporter des changements nécessaires » à ce pays d’environ 1,5 million d’habitants. Mais l’acte fondateur de sa présidence risque fort de lui coller à la peau pendant tout son mandat, lui enlevant la légitimité qu’il recherche. Pendant qu’étaient officiellement égrenés les résultats de chaque province, des partisans de Pierre Mamboundou attaquaient la prison de Port-Gentil, deuxième ville du pays. Ils ont libéré les prisonniers avant de se diriger vers le centre-ville, où des barricades ont été dressées. Enfin, signe qui ne trompe pas, peu après la proclamation, le consulat général de France à Port-Gentil a été incendié. Très remontés, les jeunes accusaient Paris d’avoir « imposé » aux Gabonais le fils d’Omar Bongo, pilier de la Françafrique.

Pierre Barbancey

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